Menu

Épargnées par le virus, les îles du Pacifique redoutent de rouvrir aux touristes


Vendredi 15 Mai 2020 - écrit par Agence France-Presse




Crédit photo : AFP
Crédit photo : AFP
En fermant leurs frontières, les nations du Pacifique Sud sont parvenues à éviter l’épidémie de coronavirus, mais leurs économies sont à terre. D’où un choix cornélien : faut-il continuer de se barricader, ou faire revenir les touristes, avec la menace sanitaire qu’ils représentent ? Partout dans le monde, les gouvernements réfléchissent au déconfinement et à la levée de restrictions catastrophiques pour l’emploi et la croissance. Mais c’est probablement dans le Sud du Pacifique que le débat entre les impératifs sanitaires et les nécessités économiques est le plus compliqué.
La plupart de ces archipels ont évité la propagation d’un virus qui aurait instantanément coulé leurs capacités hospitalières. Une dizaine de nations insulaires n’ont enregistré aucun cas de Covid-19 parce qu’elles ont d’emblée fermé leurs frontières pour éviter l’importation du coronavirus. Fidji fait figure d’exception avec 18 contaminations. Mais les autorités fidjiennes ont bon espoir que l’épidémie soit jugulée. L’impact économique a été catastrophique pour tous ces pays très dépendants du tourisme. Pour certains, les revenus touristiques constituent 50 % du Produit intérieur brut (PIB).

"Zéro revenu"

Dès le début de la crise, les avions ont été cloués au sol. Sans touristes, l’hôtellerie a plongé. "Quand l’Australie a fermé ses frontières aux voyageurs internationaux, il n’a fallu que trois jours pour que les revenus de notre hôtel tombent à zéro", expliquait dans un post Elizabeth Pechan, copropriétaire de The Havannah, au Vanuatu. Certains médias rapportent qu’au Vanuatu, 70 % des emplois liés au seul secteur touristique ont disparu. Et les pays pauvres du Pacifique n’ont aucune banque centrale commune qui pourrait débloquer des plans régionaux d’aide. Certains ont avancé l’idée d’inclure ces îles dans la "bulle" à laquelle réfléchissent Australiens et Néo-Zélandais, un espace commun à l’intérieur duquel les ressortissants des deux pays n’auraient aucune quarantaine à observer en traversant la Mer de Tasman. Mais cette idée ne fait pas consensus.
"Il y a un risque énorme si le Covid-19 arrive à atteindre les nations insulaires du Pacifique qui ne sont pas pour l’instant touchées", a expliqué la Première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern après un entretien avec son homologue australien Scott Morrison. "Nous pensons que de petites poches comme la nôtre, actuellement épargnées par le virus, pourraient travailler avec d’autres pays de la région dans la même situation, en prenant le maximum de précautions", plaide cependant le chef de l’office de tourisme des Îles Cook, Halatoa Fua.

"Angoisse"

Nombre d’habitants de ces îles souffrent de diabète ou de problèmes cardiaques, ce qui les rendrait particulièrement vulnérables en cas de contamination. Faute de liaisons aériennes directes avec l’Australie ou la Nouvelle-Zélande, le ministre du Tourisme des Palaos F. Umiich Sengebau a estimé qu’il serait plus judicieux pour son archipel de créer une bulle avec Taïwan. Les Palaos sont un des rares pays au monde à reconnaître encore Taïwan. "C’est une idée ingénieuse que nous devons envisager avec un pays comme Taïwan, qui a fait un très bon travail dans la gestion de l’épidémie de Covid-19", a-t-il dit. "Ce serait mutuellement intéressant car les touristes de Taïwan veulent se rendre au Palaos en vacances et les Palaois se rendent à Taïwan pour recevoir des traitements médicaux et pour y faire du tourisme."
Mais dans beaucoup d’îles du Pacifique, la question est loin d’être prioritaire. "Pour l’instant, la priorité du gouvernement des Salomon est de finaliser la préparation à l’épidémie, notamment les tests, et de faciliter le rapatriement des citoyens dans la région", a déclaré un porte-parole du Premier ministre Manasseh Sogavare. L’éradication totale de la maladie en Australie, en Nouvelle-Zélande ou à Taïwan est improbable, ce qui fait que, partout, la capacité à tester, tracer les contacts et isoler les malades sera capitale. Signe de l’ampleur de la tâche, le secrétaire à la Santé des Îles Marshall, Jack Niedenthal, a jugé qu’il était prématuré ne serait-ce que de discuter de la mise en place d’une bulle. "Le simple fait de dire « peut-être » pourrait générer au sein de la population une angoisse dont personne n’a besoin", dit-il.

Dossiers | L'Actu | Culture | Edito | Abonnement | Numéros | Archives | Pacifique | Grandes plumes | La chronique d'Alex Du Prel





Bataille de matahiapo dans le bac à sable

Enfin ! Nous connaissons désormais les dates auxquelles pourrait se tenir la fameuse Table ronde de “haut niveau” sur les conséquences des essais nucléaires en Polynésie française, promise par le président de la République Emmanuel Macron : la réunion devrait avoir lieu les 1er et 2 juillet prochains, à Paris. Ce rendez-vous est une “chance” à “ne pas gâcher” selon Édouard Fritch. Mais tout le monde ne l’entend pas de la même oreille que “Doudou”, loin s’en faut ! La majorité des associations de victimes ont déjà annoncé qu’elles n’y participeront pas et les associations religieuses semblent suivre le pas. Dans le camp des opposants, on retrouve bien sûr le leader du Tavini, “Oscar One”, qui voit en cette décision de “Manu 1er” un refus “d’assumer le problème nucléaire en face à face avec le peuple polynésien” et estime qu’il “délocalise le problème à Paris, à 20 000 km de Papeete, pour mieux en contrôler l’agenda, les participants et les conclusions”. Et de scander : “Ni Maohi Nui ni Kanaky ne sont à vendre !”

Une personnalité politique regrette cependant de ne pas avoir été invitée : Gaston Flosse. L’ancien président autonomiste vient d’annoncer la création de son nouveau parti politique, Amuitahira’a o te Nuna’a Maohi, qui remplacera officiellement le Taohera’a Huiraatira en juillet prochain. Il y avait un moment que l’on n’avait plus vu le bout de la queue du “Vieux lion”. Mais le voilà qu’il surgit avec son projet d’État souverain associé à la France. Et rugit sa colère envers “Oscar One” qui a osé considérer, devant la presse, ce statut comme “de la merde”. Dans une lettre ouverte, il fustige son meilleur ennemi : “Après avoir exercé tant de hautes fonctions, et après 44 ans de discours, de gesticulations, de manifestations, de blocage et tant encore, où en es-tu de tes promesses d’indépendance aux Polynésiens ? (…) En vérité, tu as échoué.” Après avoir basculé, sans transition, du orange au bleu (clair), voilà donc que le patron du futur “Amuitahira’a”, ce nouveau parti censé regrouper toutes les sensibilités politiques, commence par attaquer le chef de file de l’indépendance… Tandis que nos étudiants passent l’épreuve inédite du grand oral du bac “nouvelle formule” – un examen sous haute bienveillance –, nos drôles de matahiapo se livrent, eux, à une énième bataille dans le bac à sable ! Au point que certains internautes se sont même amusés à les comparer aux marionnettes du célèbre Muppet Show !

Plus sérieusement, on peut s’inquiéter du contenu de cette Table ronde sur le nucléaire, qui risque fort de ressembler à “une coquille vide”, selon les termes du député Moetai Brotherson. D’autant plus agacé que sa proposition de loi “Prise en charge et réparation des conséquences des essais nucléaires français” a été rejetée, lors de son examen à l’Assemblée nationale par la majorité présidentielle. La République en marche a estimé en effet que c’est la Table ronde du 1er et 2 juillet qui “doit permettre de mettre à plat tout cela”. Alors que peut-on espérer de cette réunion de “haut niveau” ? Nous avons posé la question à Jean-Marc Regnault, maître de conférences honoraire et chercheur associé à l’UPF. Pour ce spécialiste, contributeur régulier de TPM : “C’est la géopolitique qui dictera l’attitude de Paris et non les revendications polynésiennes” (lire pages 8-9). Affaire à suivre…  

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT