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Heiva i Tahiti : quand le corps et la nature ne font qu'un


Jeudi 11 Juillet 2019 - écrit par Ariitaimai Amary


Le Heiva i Tahiti n'est pas seulement un concours d'excellence, c'est aussi un moment de synergie entre les Polynésiens et la nature. Les athlètes s'illustrent
dans des disciplines se pratiquant sur terre, dans la mer et dans les airs. Les danseurs expriment à travers des chorégraphies bien ficelées le lien immémorial qui les unit à leur environnement. Sans nul doute, cet événement est fort de convergences entre l'Homme et son environnement, c'est un réel vecteur d'expression de l'amour qu'il porte à son fenua.



Crédit photo : Matareva
Crédit photo : Matareva
Il est commun de s'entendre conter la relation étroite qui existe entre l'Homme et la nature. Dans la culture polynésienne, les interactions entre ces deux groupes ont permis de forger une identité culturelle forte, et c'est dans cette atmosphère de symbiose que l'esprit des célébrations de juillet s'est forgé. Cependant, cette connexion ne saurait se limiter à la simple expression de la culture à travers la danse ou le chant. Elle s'inscrit dans une réflexion beaucoup plus large.
En marge des concours de danses et de chants accueillis sur la scène de To'atā, le Heiva est l'occasion de mettre en lumière les acteurs de la culture dans toutes ses déclinaisons. Le Heiva Tu'aro Patitifa permettra aux sportifs de montrer au public et à leurs concurrents, toute l'étendue de leur talent et de leur maîtrise de la discipline pratiquée.
Pour la deuxième édition, les courses hippiques viennent souligner la communion entre la culture, l'Homme et l'animal. Les jockeys vêtus de leur pareu s'élanceront sur leurs montures, comme lors des Heiva d'antan, pour remporter les différents prix des courses et plongeront l'assistance dans une atmosphère forte, une parenthèse dans une autre époque.
Dans un autre genre, le groupe Ori i Tahiti s'inscrira dans cette communion avec la nature, puisque c'est loin des projecteurs, sur le marae de Arahurahu à Paea, que la troupe se produira. Les danseurs évolueront sur l'herbe verte du lieu sacré chargé de mana, avec en décor, les pierres ancestrales foulées par les plus illustres dynasties polynésiennes. Ils évolueront sous les yeux d'un public moins nombreux, dans une ambiance plus intime, propice à la réflexion autour du thème Ai'a, la patrie.

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Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état

Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état
Ô surprise, un communiqué envoyé par le haut-commissariat confirme que l’État français cède officiellement au Pays, à titre gratuit, l’ancien bâtiment du commandement de la Marine pour installer en Polynésie le futur centre d’archives, d’information et de documentation sur les essais nucléaires. Sis boulevard de la Reine Pomare, sur le front de mer de Papeete, ce site est donc voué à accueillir le futur Centre de mémoire, mais, comme nous l’avons pointé du doigt à maintes reprises (lire notamment notre édito “Centre de mémoire : on se souviendra surtout de l’ingratitude de la France envers la Polynésie…”, TPM n° 420, du 15 novembre 2019), il s’agit en réalité d’un cadeau empoisonné, puisqu’il contient de l’amiante et du plomb ! Aussi, ce sera au Pays de financer sa construction, ce qui paraît aberrant eu égard “la dette” que la France métropolitaine se doit d’honorer. L’affront hexagonal est alors monté d’un cran, lorsque l’Assemblée nationale a adopté, le 14 mai dernier, un projet de loi visant “la clarification” et une meilleure “interprétation” des règles d’indemnisation des victimes des essais nucléaires en Polynésie française, et ce, au beau milieu de “diverses dispositions urgentes pour faire face aux conséquences de l’épidémie de Covid-19” (lire pages 12 à 15)…

Cette disposition, qui avait été actée en séance le 3 mars dernier, mais dont la transmission avait été retardée en raison de la crise sanitaire, est ainsi un “cavalier législatif” qui rend applicable le seuil d’1 millisievert à tous les dossiers de demandes d’indemnisation. Autrement dit, c’est un retour à l’amendement scélérat dit “Tetuanui” tant décrié ! Tel un poignard planté dans le dos, ce “coup de Trafalgar” a été, de surcroît, manigancé depuis les hautes sphères parisiennes en l’absence des parlementaires polynésiens ! Une manière
cavalière de mener le bras de fer qui a indigné, par exemple, Moetai Brotherson, député polynésien et vice-président du Tavini Huiraatira. Et d’interpeller l’État français : “Qu’est-ce que le peuple polynésien vous a fait pour que vous nous détestiez autant ?” Dans une longue interview accordée à Tahiti Pacifique, il fustige le gouvernement central et évoque “une frilosité maladive à vouloir indemniser de façon respectable les victimes de ces essais” (lire pages 18 à 21). Les associations locales de défense, 193 et Moruroa e Tatou, représentées par Père Auguste et Hiro Tefaarere, tirent également à boulet rouge sur l’État et rejettent désormais à l’unisson le projet de Centre de mémoire. Dans les réactions que nous avons recueillies (lire pages 22-23), la notion de “crime contre l’humanité” est omniprésente et l’on connaît tous le coupable, bien qu’il n’ait toujours pas présenté ses excuses au peuple polynésien...

Enfin, un ingénieur retraité de la Direction des essais du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), Ghislain Houzel, qui a effectué de très nombreuses missions à Moruroa, de 1966 1997, et assisté à plus de 120 tirs, nous raconte l’horreur des essais nucléaires, sans langue de bois, au fil d’un entretien riche en anecdotes (lire pages 24 à 27). Vous l’aurez compris, c’est un numéro “collector” que nous vous proposons, avec une édition spéciale de
16 pages consacrées à ce douloureux sujet en Polynésie. La page du nucléaire, qui a profondément entaché les relations du fenua dans son histoire avec la Métropole, n’est toujours pas tournée. Le sera-t-elle un jour ? Aujourd’hui, nous avons un rêve : que cette question explosive soit gérée localement par “des hommes, de vrais hommes, avec des *** dans la culotte”, pour reprendre l’expression récente du président du Pays. Et puis, si d’aventure Emmanuel Macron se décidait à venir nous rendre visite un jour, nous aimerions lui dire : “Eh, Manu, tu redescends et tu dépollues ?

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt