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Le nettoyage ethno-culturel

Depuis quelque temps, les Hollandais excellent dans les grands nettoyages de surfaces culturelles, d’abord avec des milliers d’œuvres du Rijksmuseum d’Amsterdam qui sont obligées de quitter leurs anciennes dénominations dans le cadre du projet “Ajustement au sujet des terminologies colonialistes”, se débarrassant des titres considérés comme “racistes, sexistes, discriminatoires”. Des titres de tableaux où apparaissent les termes de “mahométan”, “esquimau”, “nègre”, “nain ou naine” sont changés par des titres culturellement acceptables et politiquement corrects.



Depuis quelque temps, les Hollandais excellent dans les grands nettoyages de surfaces culturelles, d’abord avec des milliers d’œuvres du Rijksmuseum d’Amsterdam qui sont obligées de quitter leurs anciennes dénominations dans le cadre du projet “Ajustement au sujet des terminologies colonialistes”, se débarrassant des titres considérés comme “racistes, sexistes, discriminatoires”. Des titres de tableaux où apparaissent les termes de “mahométan”, “esquimau”, “nègre”, “nain ou naine” sont changés par des titres culturellement acceptables et politiquement corrects.
Récemment, la maison d’édition néerlandaise Blossom Books a supprimé un passage concernant le prophète Mahomet dans une nouvelle édition de L’Enfer, le premier livre de la Divine Comédie de Dante, pour ne pas “blesser la communauté musulmane”. Dans le Huitième cercle de l’Enfer, le poète rencontre Mahomet, puni parce qu’en la diffusant, sa religion aurait, selon Dante, semé la discorde sur Terre. La peine à laquelle est soumis Mahomet consiste à être éventré régulièrement par des diables de la gorge jusqu’aux reins, répandant ses entrailles, s’ouvrant lui-même sa poitrine des deux mains comme autrefois il a divisé les nations par le schisme religieux.
Citons les vers 22-27 du chant XXVIII, dans la traduction de Jacqueline Risset :

“Jamais tonneau fuyant par sa barre ou sa douvene fut troué comme je vis une ombre,ouverte du menton jusqu’au trou qui pète.
Ses boyaux pendaient entre ses jambes ;on voyait les poumons, et le sac affreuxqui fabrique la merde avec ce qu’on avale.”

Par rapport au langage cru et aux métaphores de la chair blessée chez Dante, dont héritera le langage bas corporel de Rabelais, les récentes caricatures de Charlie Hebdo sur le prophète résonnent comme des inventions d’enfants de chœur. La “radio jeune” Radio 1 nous informe que la traductrice belge a réalisé i[“une magnifique traduction de la première partie de La Divine Comédie comme si Dante était un slameur des XIIIe [et XIVe siècles]”]i et que la suppression du passage de Dante sur Mahomet entend ménager la culture de l’Islam et les nouveaux habitants musulmans des Pays-Bas. Il s’agit là encore de l’énième soumission culturelle de l’Occident à l’Islam qui rejette ses pères avec le sentiment de culpabilité, se prive de pans entiers de son histoire pour faire appel à un sens hypocrite de la conciliation.
Le poète toscan a été avec la Divine Comédie le fondateur de la langue italienne, exemple unique de la création d’une nation par la langue poétique. Dante a été également le précurseur de la littérature européenne, donnant au christianisme un rôle souverain dans la constitution des cultures nationales, en rupture avec le latin ecclésiastique et le pouvoir féodal.

L’actuelle “cancel culture” née en Amérique et se développant dans l’Europe du Nord se bâtit sur la logique de l’effacement, qui dénonce les individus ou les personnages historiques accusés de racisme, homophobie et autres pratiques et crimes politiquement incorrects. Ici, à Tahiti, la culture de l’effacement des “signes colonialistes” a commencé depuis quelques années et avec quelques retards à se manifester dans les milieux féministes et anti-occidentaux. Récemment, un éminent représentant de l’Écologie locale a décidé de s’installer comme juge du tribunal de l’histoire postcoloniale, proposant que l’on supprime les noms des lieux qui évoquent les présidents de la France impliqués dans les expérimentations nucléaires.
Décidant de qui doit entrer dans l’histoire des “belles âmes”, de qui doit en être exclu, cette culture de l’effacement prolonge la pauvreté intellectuelle des grandes villes métropolitaines, qui voient fleurir depuis quelque temps sur leurs murs des inscriptions “patriarcaca”, “cacapitalisme”, régression du langage à ce que Freud appelait le “stade anal” de l’enfance qui ne veut pas en sortir. Dans cette tentative de rabaissement général de l’Histoire de l’humanité, où la succession des erreurs deviennent peu à peu des vérités, pourquoi ne pas débaptiser les lieux publics qui portent le nom de “Pomare”, sous le prétexte que Pomare II a été le “collabo” des Français qui a détruit la royauté polynésienne ancienne avec le “crime de guerre” de la mort de Opuhara dans la bataille des Fe’i Pi, ainsi que la destruction des dieux mā’ohi. Il ne faut pas s’étonner que la jeunesse formée à cette école primaire de la bêtise institutionnalisée accepte de reproduire ces banalités à l’Université, toute prête hélas à les accueillir.

Depuis une cinquantaine d’années, l’Université française produit l’idéologie dominante qui, étant en manque de classe ouvrière pour incarner idéalement l’ancien espoir d’un “âge d’or” de l’humanité délivrée de l’oppression, construit autour des anciennes colonies de l’Occident le nouveau sujet social libérateur. Comme l’écrit Jean-Loup Amselle : “Les conflits qui traversent la société ne sont plus appréhendés en termes de classes, mais dans une perspective ethnique.” Comme l’Université et les Centres de recherche, les rédactions des journaux, de France Inter à Mediapart, les nouveaux magazines culturels et politiques sont devenus les porte-parole du gauchisme pseudo-scientifique, nouvel opium des intellectuels qui prolonge l’enjeu de l’engagement politique sartrien dans le sociétal, au profit du racialisme de la bourgeoisie numérique en Afrique ainsi qu’en Amérique latine. L’indigénisme syndical promeut au rang de l’élite universitaire ceux qui se montrent fidèles au discours dominant, ayant colonisé les différentes sections du Conseil national des universités (CNU) et les commissions de spécialistes qui décident des candidats pour les postes de maîtres de conférences et de professeurs. La recherche des doctorants est soumise à la même reproduction idéologique, par le biais des financements. Il devient presque impossible aujourd’hui à un candidat à la carrière universitaire qui citerait Raymond Aron plutôt que Sartre ou Bourdieu, de faire carrière dans la nouvelle université, devenue un peu partout le royaume des partisans du “pachamama”, qui prônent le retour des anciennes déesses de la mythologie pour remplacer la figure du père qui représente l’ennemi à détruire. Si l’écologie affirme le retour puéril à la “nature”, les théories du genre mélangent le masculin et le féminin, suscitant un artificialisme abstrait, comme si le savoir contemporain ne savait plus articuler la nature et la culture, ayant oublié ce qui faisait le patrimoine de l’humanisme chrétien ou laïque.

Vendredi 21 Mai 2021 - écrit par Riccardo Pineri


Riccardo Pineri

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Bataille de matahiapo dans le bac à sable

Enfin ! Nous connaissons désormais les dates auxquelles pourrait se tenir la fameuse Table ronde de “haut niveau” sur les conséquences des essais nucléaires en Polynésie française, promise par le président de la République Emmanuel Macron : la réunion devrait avoir lieu les 1er et 2 juillet prochains, à Paris. Ce rendez-vous est une “chance” à “ne pas gâcher” selon Édouard Fritch. Mais tout le monde ne l’entend pas de la même oreille que “Doudou”, loin s’en faut ! La majorité des associations de victimes ont déjà annoncé qu’elles n’y participeront pas et les associations religieuses semblent suivre le pas. Dans le camp des opposants, on retrouve bien sûr le leader du Tavini, “Oscar One”, qui voit en cette décision de “Manu 1er” un refus “d’assumer le problème nucléaire en face à face avec le peuple polynésien” et estime qu’il “délocalise le problème à Paris, à 20 000 km de Papeete, pour mieux en contrôler l’agenda, les participants et les conclusions”. Et de scander : “Ni Maohi Nui ni Kanaky ne sont à vendre !”

Une personnalité politique regrette cependant de ne pas avoir été invitée : Gaston Flosse. L’ancien président autonomiste vient d’annoncer la création de son nouveau parti politique, Amuitahira’a o te Nuna’a Maohi, qui remplacera officiellement le Taohera’a Huiraatira en juillet prochain. Il y avait un moment que l’on n’avait plus vu le bout de la queue du “Vieux lion”. Mais le voilà qu’il surgit avec son projet d’État souverain associé à la France. Et rugit sa colère envers “Oscar One” qui a osé considérer, devant la presse, ce statut comme “de la merde”. Dans une lettre ouverte, il fustige son meilleur ennemi : “Après avoir exercé tant de hautes fonctions, et après 44 ans de discours, de gesticulations, de manifestations, de blocage et tant encore, où en es-tu de tes promesses d’indépendance aux Polynésiens ? (…) En vérité, tu as échoué.” Après avoir basculé, sans transition, du orange au bleu (clair), voilà donc que le patron du futur “Amuitahira’a”, ce nouveau parti censé regrouper toutes les sensibilités politiques, commence par attaquer le chef de file de l’indépendance… Tandis que nos étudiants passent l’épreuve inédite du grand oral du bac “nouvelle formule” – un examen sous haute bienveillance –, nos drôles de matahiapo se livrent, eux, à une énième bataille dans le bac à sable ! Au point que certains internautes se sont même amusés à les comparer aux marionnettes du célèbre Muppet Show !

Plus sérieusement, on peut s’inquiéter du contenu de cette Table ronde sur le nucléaire, qui risque fort de ressembler à “une coquille vide”, selon les termes du député Moetai Brotherson. D’autant plus agacé que sa proposition de loi “Prise en charge et réparation des conséquences des essais nucléaires français” a été rejetée, lors de son examen à l’Assemblée nationale par la majorité présidentielle. La République en marche a estimé en effet que c’est la Table ronde du 1er et 2 juillet qui “doit permettre de mettre à plat tout cela”. Alors que peut-on espérer de cette réunion de “haut niveau” ? Nous avons posé la question à Jean-Marc Regnault, maître de conférences honoraire et chercheur associé à l’UPF. Pour ce spécialiste, contributeur régulier de TPM : “C’est la géopolitique qui dictera l’attitude de Paris et non les revendications polynésiennes” (lire pages 8-9). Affaire à suivre…  

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT