Examinons rapidement une première demande : l’ouverture la plus large possible des archives du nucléaire. Sauf que ça n’a pas l’air vraiment de préoccuper les responsables politiques, des fois qu’elles révéleraient d’étranges complicités. Un exemple : Éric Raoult (décédé en avril 2021, ancien secrétaire national de l’UMP à l’Outre-mer) avait déclaré au Monde, en 2010, à propos de Gaston Flosse : “Pendant des années, on a été bien contents de l’avoir. Il a su calmer la population à l’époque des essais nucléaires.” En fait, il ne faudrait pas se contenter d’ouvrir les archives qui concernent les aspects sanitaires (comme le livre Toxique) qui sont, certes, essentiels, mais il faudrait que les Polynésiens connaissent mieux leur histoire. Pourquoi a-t-on fait des essais chez eux ? Quelle a été la chronologie précise des décisions ? Comment le gouvernement du Général s’y est-il pris pour faire accepter l’inacceptable ? Comment les dirigeants politiques de l’époque ont-ils géré l’apport du Centre d’expérimentation du Pacifique (CEP) sur les plans économiques, sociaux, environnementaux et culturels ? Le CEP a-t-il aggravé les clivages sociaux et par quels mécanismes ?
Autre demande : des “rattrapages” financiers selon la vieille revendication que la France doit payer, mais combien ? Les chiffres les plus fantaisistes sont avancés. Jamais personne ne pose la question : faut-il faire rendre gorge à ceux qui se sont considérablement enrichis pendant les trente années des essais ?
Reste la demande d’indemnisation des victimes des retombées nocives chez ceux qui ont reçu ce que l’on appelle incongrûment des “doses efficaces” (formule officielle)…
Sur la question des “rattrapages” – que le Général appelait des “compensations” – le Gouvernement central peut adopter au moins deux positions opposées. La première consisterait à rappeler (mais ce n’est qu’une hypothèse) que les compensations ont déjà été abondamment versées. Et de citer le vœu émis le 4 février 1963, par l’assemblée territoriale (AT), dès l’annonce de la création du CEP : puisque la Polynésie rendait un grand service à la “Nation française”, elle attendait “de la Métropole qu’un effort d’investissements publics d’une particulière ampleur fût consenti en faveur de ce Territoire…”. Le 7 septembre 1966, Gaston Flosse recevant le Général dans sa mairie lui réclama : “Des routes dans les montagnes, des conduites d’eau, des aérodromes pour desservir les îles…” La veille, de Gaulle avait déjà constaté : “i[Le développement qui accompagne [le CEP] est éclatant.]i” Les gouverneurs ont entonné des hymnes au développement du pays. Selon Pierre Angeli, autrefois, la maladie grave d’un enfant ou une blessure conduisait à attendre la mort. Désormais, il y avait des infirmeries et des évacuations sanitaires (AT, 17 juin 1969).
Autrement dit, le gouvernement pourrait être tenté de reprendre les propos de Georges Pompidou : “Ce sont toujours les enfants gâtés qui en demandent le plus.” On vous a déjà donné tout ce que vous réclamiez, pourrait-il avancer. Si Paris reprenait cette analyse, cela voudrait dire que la Polynésie ne compterait plus guère pour la France et que le temps de la séparation ne tarderait plus.
Plus vraisemblablement, une autre vision prévaudra. C’est la géopolitique qui dictera l’attitude de Paris et non les revendications polynésiennes. En effet, au cours de deux colloques organisés par Sémir Al Wardi et moi-même, nous avons pu constater que les terres lointaines d’Océanie reprenaient un intérêt pour la France depuis 2012 au moins (voir les actes du colloque “L’Océanie convoitée”, édités par Api Tahiti, et ceux du colloque “L’Indo-Pacifique et les Routes de la soie”, bientôt en librairie).
L’évolution était déjà perceptible sous François Hollande, d’où le “raidissement” de l’État quand la Polynésie fut réinscrite sur la liste des pays à décoloniser, en 2013. Elle l’est davantage depuis le président Macron qui a fait du nouveau concept d’Indo-Pacifique une arme de poids pour contrer la diplomatie chinoise (avant de contrer son dispositif militaire). Pour réussir l’Indo-Pacifique, la France entend s’appuyer sur ses territoires océaniens. Il faut donc qu’ils restent dans l’orbite française, quel que soit le statut adopté.
Autrement dit, si Paris estime que son implantation en Océanie est vitale pour ses intérêts, la Polynésie (et pas seulement elle) pourrait recevoir plus qu’elle n’attend. Peut-être qu’Emmanuel Macron reprendra la formule du général de Gaulle : “Il ne faudra pas regarder à l’argent.” Ou dira-t-il : “Gardons la Polynésie, française, quoi qu’il en coûte”, quitte à admettre ce que les Armées se refusent toujours à reconnaître ?
Autre demande : des “rattrapages” financiers selon la vieille revendication que la France doit payer, mais combien ? Les chiffres les plus fantaisistes sont avancés. Jamais personne ne pose la question : faut-il faire rendre gorge à ceux qui se sont considérablement enrichis pendant les trente années des essais ?
Reste la demande d’indemnisation des victimes des retombées nocives chez ceux qui ont reçu ce que l’on appelle incongrûment des “doses efficaces” (formule officielle)…
Sur la question des “rattrapages” – que le Général appelait des “compensations” – le Gouvernement central peut adopter au moins deux positions opposées. La première consisterait à rappeler (mais ce n’est qu’une hypothèse) que les compensations ont déjà été abondamment versées. Et de citer le vœu émis le 4 février 1963, par l’assemblée territoriale (AT), dès l’annonce de la création du CEP : puisque la Polynésie rendait un grand service à la “Nation française”, elle attendait “de la Métropole qu’un effort d’investissements publics d’une particulière ampleur fût consenti en faveur de ce Territoire…”. Le 7 septembre 1966, Gaston Flosse recevant le Général dans sa mairie lui réclama : “Des routes dans les montagnes, des conduites d’eau, des aérodromes pour desservir les îles…” La veille, de Gaulle avait déjà constaté : “i[Le développement qui accompagne [le CEP] est éclatant.]i” Les gouverneurs ont entonné des hymnes au développement du pays. Selon Pierre Angeli, autrefois, la maladie grave d’un enfant ou une blessure conduisait à attendre la mort. Désormais, il y avait des infirmeries et des évacuations sanitaires (AT, 17 juin 1969).
Autrement dit, le gouvernement pourrait être tenté de reprendre les propos de Georges Pompidou : “Ce sont toujours les enfants gâtés qui en demandent le plus.” On vous a déjà donné tout ce que vous réclamiez, pourrait-il avancer. Si Paris reprenait cette analyse, cela voudrait dire que la Polynésie ne compterait plus guère pour la France et que le temps de la séparation ne tarderait plus.
Plus vraisemblablement, une autre vision prévaudra. C’est la géopolitique qui dictera l’attitude de Paris et non les revendications polynésiennes. En effet, au cours de deux colloques organisés par Sémir Al Wardi et moi-même, nous avons pu constater que les terres lointaines d’Océanie reprenaient un intérêt pour la France depuis 2012 au moins (voir les actes du colloque “L’Océanie convoitée”, édités par Api Tahiti, et ceux du colloque “L’Indo-Pacifique et les Routes de la soie”, bientôt en librairie).
L’évolution était déjà perceptible sous François Hollande, d’où le “raidissement” de l’État quand la Polynésie fut réinscrite sur la liste des pays à décoloniser, en 2013. Elle l’est davantage depuis le président Macron qui a fait du nouveau concept d’Indo-Pacifique une arme de poids pour contrer la diplomatie chinoise (avant de contrer son dispositif militaire). Pour réussir l’Indo-Pacifique, la France entend s’appuyer sur ses territoires océaniens. Il faut donc qu’ils restent dans l’orbite française, quel que soit le statut adopté.
Autrement dit, si Paris estime que son implantation en Océanie est vitale pour ses intérêts, la Polynésie (et pas seulement elle) pourrait recevoir plus qu’elle n’attend. Peut-être qu’Emmanuel Macron reprendra la formule du général de Gaulle : “Il ne faudra pas regarder à l’argent.” Ou dira-t-il : “Gardons la Polynésie, française, quoi qu’il en coûte”, quitte à admettre ce que les Armées se refusent toujours à reconnaître ?

Edito





























