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Permaculture : la voie vers l'autosuffisance


Vendredi 15 Mai 2020 - écrit par Dominique Schmitt


En Polynésie, la ferme permacole de Tipapa représente un formidable exemple de mise en valeur de produits locaux, sains et nutritifs, sur une surface très réduite. La gérante, Naomi Cunéo, souhaite ainsi indiquer la voie à suivre : "Je veux montrer aux Polynésiens qu’avec
un petit terrain, on peut être autonome" (lire interview pages 23 à 25). Alors, et si on s’y mettait tous ? Vive la permaculture en ces temps obscurs ! Plus qu’un concept de développement durable, c’est un mode de vie global qui peut assurer l’autosuffisance alimentaire
à chacun de nous et permettre à la collectivité de jouir d’une meilleure santé publique.



Crédit photo : Dominique Schmitt
Crédit photo : Dominique Schmitt
"La permaculture est avant tout un système de design. Et dans la permaculture, la notion de design est centrale. Il s’agit d’utiliser un design particulier dans lequel on place des éléments afin d’établir des productions durables. On doit veiller à la mise en place d’implications importantes entre les différents éléments, et surtout à la réduction des intrants, de tout ce qui provient de l’extérieur pour produire", explique Thierry Lison de Loma, cofondateur et gérant de Vaihuti Fresh, une ferme permacole pilote basée à Raiatea, sur la côte ouest de Tumara’a (Raiatea). En agriculture conventionnelle classique, les intrants sont les pesticides, les fongicides, les produits de traitement, les engrais, etc. Le but de la permaculture est d’utiliser ce qui est sur place et de recycler un maximum de choses, avec tout ce qui apporte de la fertilité au sol, la matière organique, le compost…

L’essentiel de la fertilité du sol est surtout basé sur le compostage, les systèmes animaux, où sont mêlés à la fois des systèmes de production végétale et animale pour pouvoir améliorer la terre. En agriculture biologique, et c’est là que l’on peut faire une petite différence avec la permaculture, on répond simplement à un cahier des charges. Par exemple, l’agriculteur ne peut pas utiliser des pesticides de synthèse, il doit s’orienter vers des pesticides "bio", qui sont souvent faits à partir de matière organique transformée. Tandis que la permaculture suit, elle, la construction d’un design ou d’une ferme : cela peut être simplement une habitation ou un jardin, et il n’y a pas de notion de ce qui est interdit ou non. Mais, d’une manière générale agriculture biologique et permaculture sont liées.

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Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état

Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état
Ô surprise, un communiqué envoyé par le haut-commissariat confirme que l’État français cède officiellement au Pays, à titre gratuit, l’ancien bâtiment du commandement de la Marine pour installer en Polynésie le futur centre d’archives, d’information et de documentation sur les essais nucléaires. Sis boulevard de la Reine Pomare, sur le front de mer de Papeete, ce site est donc voué à accueillir le futur Centre de mémoire, mais, comme nous l’avons pointé du doigt à maintes reprises (lire notamment notre édito “Centre de mémoire : on se souviendra surtout de l’ingratitude de la France envers la Polynésie…”, TPM n° 420, du 15 novembre 2019), il s’agit en réalité d’un cadeau empoisonné, puisqu’il contient de l’amiante et du plomb ! Aussi, ce sera au Pays de financer sa construction, ce qui paraît aberrant eu égard “la dette” que la France métropolitaine se doit d’honorer. L’affront hexagonal est alors monté d’un cran, lorsque l’Assemblée nationale a adopté, le 14 mai dernier, un projet de loi visant “la clarification” et une meilleure “interprétation” des règles d’indemnisation des victimes des essais nucléaires en Polynésie française, et ce, au beau milieu de “diverses dispositions urgentes pour faire face aux conséquences de l’épidémie de Covid-19” (lire pages 12 à 15)…

Cette disposition, qui avait été actée en séance le 3 mars dernier, mais dont la transmission avait été retardée en raison de la crise sanitaire, est ainsi un “cavalier législatif” qui rend applicable le seuil d’1 millisievert à tous les dossiers de demandes d’indemnisation. Autrement dit, c’est un retour à l’amendement scélérat dit “Tetuanui” tant décrié ! Tel un poignard planté dans le dos, ce “coup de Trafalgar” a été, de surcroît, manigancé depuis les hautes sphères parisiennes en l’absence des parlementaires polynésiens ! Une manière
cavalière de mener le bras de fer qui a indigné, par exemple, Moetai Brotherson, député polynésien et vice-président du Tavini Huiraatira. Et d’interpeller l’État français : “Qu’est-ce que le peuple polynésien vous a fait pour que vous nous détestiez autant ?” Dans une longue interview accordée à Tahiti Pacifique, il fustige le gouvernement central et évoque “une frilosité maladive à vouloir indemniser de façon respectable les victimes de ces essais” (lire pages 18 à 21). Les associations locales de défense, 193 et Moruroa e Tatou, représentées par Père Auguste et Hiro Tefaarere, tirent également à boulet rouge sur l’État et rejettent désormais à l’unisson le projet de Centre de mémoire. Dans les réactions que nous avons recueillies (lire pages 22-23), la notion de “crime contre l’humanité” est omniprésente et l’on connaît tous le coupable, bien qu’il n’ait toujours pas présenté ses excuses au peuple polynésien...

Enfin, un ingénieur retraité de la Direction des essais du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), Ghislain Houzel, qui a effectué de très nombreuses missions à Moruroa, de 1966 1997, et assisté à plus de 120 tirs, nous raconte l’horreur des essais nucléaires, sans langue de bois, au fil d’un entretien riche en anecdotes (lire pages 24 à 27). Vous l’aurez compris, c’est un numéro “collector” que nous vous proposons, avec une édition spéciale de
16 pages consacrées à ce douloureux sujet en Polynésie. La page du nucléaire, qui a profondément entaché les relations du fenua dans son histoire avec la Métropole, n’est toujours pas tournée. Le sera-t-elle un jour ? Aujourd’hui, nous avons un rêve : que cette question explosive soit gérée localement par “des hommes, de vrais hommes, avec des *** dans la culotte”, pour reprendre l’expression récente du président du Pays. Et puis, si d’aventure Emmanuel Macron se décidait à venir nous rendre visite un jour, nous aimerions lui dire : “Eh, Manu, tu redescends et tu dépollues ?

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt