En fait, ces missionnaires des deux premiers navires de la L.M.S. n’ont rien à voir avec l’Église d’Angleterre, cette véritable Église d’État présidée par un roi (et aujourd’hui une reine). Ils étaient tous des dissidents, des non conformistes, des indépendants issus de multiples courants évangéliques. Ils n’avaient rien à voir avec la hiérarchie de l’Église d’Angleterre ni même avec sa doctrine. Au contraire, ils venaient de milieux très différents, défendaient des positions théologiques contradictoires (même entre eux, puisque deux furent accusés d’arianisme – mais ne purent être expulsés pendant le trajet du Duff – et qu’un troisième, le seul pasteur, fut exclu en 1798 pour avoir voulu épouser une femme païenne). Abandonnés par leur maison-mère pendant vingt ans, ils en restait, à la veille de la bataille de Fei Pi, en novembre 1815, trois du Duff (sur trente) et quatre du Royal Admiral (sur neuf).
De quoi pouvaient-ils alors rêver ? Ils n’avaient pu compter ni sur le premier des Pomare (s’opposant au trafic d’armes du Nautilus en mars 1798 et à la première guerre contre les Teva en 1802), ni sur le second (opposé à la deuxième guerre contre les Teva en 1808) – ils furent très surpris, lors de la troisième, de l’issue de la bataille à Paea – eux qui venaient du mouvement du Réveil et étaient hantés par la nécessité de sauver les âmes avant la fin du monde ! Certainement pas de devenir les souverains d’une utopie…
Héritiers d’un mode de fonctionnement de leurs paroisses d’origine où le pasteur pouvait être élu par sa communauté même sans diplôme théologique, ils découvraient à Tahiti un système d’organisation de type “religieux” et héréditaire avec d’étonnants objets de culte. Comment réagir alors en apprenant qu’un grand prêtre traditionnel de Moorea avait pu jeter au feu ses statuettes un 19 février 1815 ? Ou en lisant ce mot que Pomare leur écrit en tahitien, un an plus tard, demandant que les siennes soient envoyées en Angleterre ?
Décidément, ces premiers missionnaires n’ont rien à voir avec les Anglicans.
Ni même ceux qui arrivent par la suite, après la fin de la Révolution française et après la victoire de Waterloo…
Pourtant, deux nouveaux missionnaires auraient pu avoir cette tentation politique et rêver à pouvoir jouer un rôle dans la nouvelle société tahitienne de l’après-Fei Pi. Le plus célèbre sur ce plan est George Pritchard (arrivé à Tahiti en 1824), exclu de la L.M.S. à sa nomination comme consul d’Angleterre en 1837. L’autre, John Orsmond (arrivé en 1817), exclu lui aussi et nommé chef du culte protestant par les nouvelles autorités dans le cadre du Protectorat, est plus connu puisque sa petite-fille a collecté et reconstitué une partie de ses papiers, publiés à titre posthume en 1928 sous le titre Ancient Tahiti based on material recorded by J. M. Orsmond, puis traduit et publié en France sous le titre de Tahiti aux temps anciens.
Cette proposition des “Anglicans issus de la low middle class anglaise” montre à quel point il est possible et même nécessaire d’imaginer une histoire alternative : et si cela avait été les Anglicans et non les dissidents qui avaient débarqué à Matavai ? Cet exercice d’uchronie théologique aurait le mérite de privilégier cette “réalité du monde commun” en refusant de “transformer le fait en opinion” !
De quoi pouvaient-ils alors rêver ? Ils n’avaient pu compter ni sur le premier des Pomare (s’opposant au trafic d’armes du Nautilus en mars 1798 et à la première guerre contre les Teva en 1802), ni sur le second (opposé à la deuxième guerre contre les Teva en 1808) – ils furent très surpris, lors de la troisième, de l’issue de la bataille à Paea – eux qui venaient du mouvement du Réveil et étaient hantés par la nécessité de sauver les âmes avant la fin du monde ! Certainement pas de devenir les souverains d’une utopie…
Héritiers d’un mode de fonctionnement de leurs paroisses d’origine où le pasteur pouvait être élu par sa communauté même sans diplôme théologique, ils découvraient à Tahiti un système d’organisation de type “religieux” et héréditaire avec d’étonnants objets de culte. Comment réagir alors en apprenant qu’un grand prêtre traditionnel de Moorea avait pu jeter au feu ses statuettes un 19 février 1815 ? Ou en lisant ce mot que Pomare leur écrit en tahitien, un an plus tard, demandant que les siennes soient envoyées en Angleterre ?
Décidément, ces premiers missionnaires n’ont rien à voir avec les Anglicans.
Ni même ceux qui arrivent par la suite, après la fin de la Révolution française et après la victoire de Waterloo…
Pourtant, deux nouveaux missionnaires auraient pu avoir cette tentation politique et rêver à pouvoir jouer un rôle dans la nouvelle société tahitienne de l’après-Fei Pi. Le plus célèbre sur ce plan est George Pritchard (arrivé à Tahiti en 1824), exclu de la L.M.S. à sa nomination comme consul d’Angleterre en 1837. L’autre, John Orsmond (arrivé en 1817), exclu lui aussi et nommé chef du culte protestant par les nouvelles autorités dans le cadre du Protectorat, est plus connu puisque sa petite-fille a collecté et reconstitué une partie de ses papiers, publiés à titre posthume en 1928 sous le titre Ancient Tahiti based on material recorded by J. M. Orsmond, puis traduit et publié en France sous le titre de Tahiti aux temps anciens.
Cette proposition des “Anglicans issus de la low middle class anglaise” montre à quel point il est possible et même nécessaire d’imaginer une histoire alternative : et si cela avait été les Anglicans et non les dissidents qui avaient débarqué à Matavai ? Cet exercice d’uchronie théologique aurait le mérite de privilégier cette “réalité du monde commun” en refusant de “transformer le fait en opinion” !

Edito



























