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Si nos actes nous suivent, nos non-actes aussi

Telle est la réflexion qui me vient à l’esprit à la lecture, il y a quelques jours, de Radio1 Tahiti en numérique et aujourd’hui, 10 juin 2021, de Tahiti Infos papier. Sur Radio 1, il était question de la Société Environnement Polynésien (SEP), dont je fus le premier P-dg en 1997. Oh ! je n’avais nullement candidaté pour l’être.



Notre société rend malade. Soyons patients. (The Strange Thing Little Kiosai Saw in the River, John La Farge, 1897)
Notre société rend malade. Soyons patients. (The Strange Thing Little Kiosai Saw in the River, John La Farge, 1897)
Durant une période de ma vie professionnelle, je fus durement sanctionnée pour avoir obtenu des résultats satisfaisant les professionnels du secteur confié. Avec la distance du temps et l’apaisement des émotions ravageuses qui m’ont traversée durant un certain nombre d’années, j’observe cette période de ma vie avec quelque amusement désormais, mais aussi avec consternation devant la passion du gâchis qui a animé nos dirigeants du fenua. Par la suite, ils m’ont brièvement accueillie dans leur cercle de pouvoir.
Après la mise au point d’un système d’information géographique de gestion des concessions maritimes en coopération avec IFREMER, la mise en place du Centre des métiers de la nacre et de la perliculture, les bases du Plan de gestion des espaces maritimes (PGEM), la réglementation sur les espèces d’eau douce et marines, celle des techniques de pêche en milieu lagonaire et quelques autres petites réalisations, je fus violemment prise à partie et sanctionnée par la nomenklatura syndicalo-administrative et politicienne. Après une mise à l’écart relevant du traitement de pestiférés, je fus extraite de mon isolement forcé pour être ballottée d’un poste à l’autre où, dès que je commençais à obtenir des résultats intéressants car utiles, j’étais déplacée sur un autre où ma marge d’action était de plus en plus étriquée et où des bras cassés semblaient missionnés pour m’empêcher de travailler. Ce qui leur importait le plus semblait être de placer et promouvoir des copines et copains plutôt incompétents, tout en maltraitant la compétence.
D’observer des Énarques venir à la rescousse de nos dirigeants pour des décisions indignes, se plier en contorsions honteuses, a fait que cette prestigieuse formation se mit à perdre tout lustre à mes yeux.
Après donc quelques péripéties dans ce qui ressemblait à un voyage cauchemardesque en Absurdie, je me suis retrouvée “Conseillère spéciale du Président pour la Recherche et l’Agriculture”. J’y étais destinataire de rapports scientifiques, dont certains fort passionnants. J’en fis des résumés et, à partir d’eux, des propositions de développement économique.

Quelques années plus tard, repassant en ces lieux, je retrouvai le fruit du labeur de chercheurs de haute volée et mes efforts pour les rendre accessibles et opérationnels jetés par terre dans les couloirs de ce qui était appelé le “Bunker”. Tels des déchets !
Dans ce microcosme, l’on s’agitait vibrionnait en se prenant très au sérieux pour rester à son poste et placer copains et marmaille. J’y étais à l’étranger le plus absolu. Les vibrions y ont duré plus longtemps que moi.
Je continuais toutefois à me passionner pour les possibilités offertes par l’exploitation par exemple des kopara, ces lagunes singulières des récifs et atolls, aux potentiels fabuleux et tentais de capter l’attention d’un cerveau politique et l’y intéresser. En vain !
Puis, un matin, arrivant au “Bunker”, je fus saluée par des “félicitations” multiples. Étonnée, je demandais : “Pourquoi ?” C’est à qui m’appelait : “Madame la Présidente directrice générale.” J’ai fini par lire que la presse informait la population de ma promotion au poste de P-dg de la SEP !
Sapristi ! Voilà autre chose ! Je ne connais rien à la gestion d’une société ! Par contre, je suis docteur en biologie, option environnement. Et, bizarrement, c’est un comptable qui est ministre de l’Environnement et une biologiste qui est nommée gestionnaire ! Si c’est pas du contre-emploi, il faut revoir la définition des mots des dictionnaires Larousse, encyclopédique, Universalis, Robert, etc.
Rapidement, je me suis rendu compte que m’était attribué le rôle de P-dg croupion. Or me regardant dans le miroir, je ne me voyais aucune ressemblance avec cette partie de l’anatomie des poules, dindes, poulets et autres gallinacées.
C’était tellement énorme, insultant et/ou ridicule que j’en ai ri et attendu un peu pour voir.
Alors, j’ai vu surgir de chez nos augustes élus un rudologue (spécialiste du traitement des déchets) de tout premier plan. C’était assez ahurissant.
Et puis, j’ai commencé à recevoir des ordres où il me fallait nommer une réalité par un mot ou un groupe de mots qui désignait une toute autre réalité. J’avoue n’avoir pas su faire. Ils ont osé me demander de défendre ces non-sens devant la Commission des Installations classées dont, jusque-là, j’avais assumé la présidence ! Même les représentants d’associations de défense de l’environnement appréciaient mon travail. Les investisseurs aussi.
J’ai avoué ne pas savoir nommer une chose par un mot qui désigne une autre chose et, devant leur insistance, ai exigé que l’on obtienne de l’Académie française qu’elle valide ce nouveau sens pour que je m’y plie... peut-être. Les mecs à courbettes en furent scandalisés outrés. Le Manitou s’est levé en tapant sur la table en colère. Stupidement, je demandais : “Mais pourquoi vous voulez me faire dire ce que vous n’osez même pas dire vous même ?
L’abîme d’incompréhension s’est agrandi et creusé encore plus quand il m’a été ordonné de signer des chèques en rémunération de rapports techniques réalisés par un bureau d’études présentant une facture astronomique. Astronomique pour moi, dont les rémunérations sont toujours restées dans les limites des normes minimales, voire moyennes syndicales et administratives.

Faire cesser ces déviances qui tuent notre jeunesse

J’ai lu les rapports et ai conclu : “C’est nul ! Il n’y a rien ! Ça ne vaut même pas le prix du papier et de l’encre gaspillés ! Je ne paye pas.” Comme ça insistait, j’ai précisé : “Je n’irai pas en prison à votre place !
Bizarre, c’est ma rigueur qui scandalisa, pas les tentatives d’extorsion de fonds publics.
Mise à l’écart, toisée, j’ai démissionné en concluant que ce qui puait le plus n’étaient pas les ordures ménagères.
Mais là où j’ai accepté d’aller à la demande de la directrice de l’établissement et de la ministre, ce ne fut guère plus réjouissant. Ce furent d’autres péripéties.
Le fait est que celui qui, à la SEP, me remplaça et se plia à tous les ordres donnés, doit rendre compte aujourd’hui devant la justice. Il a mené grand train sans vergogne durant son mandat de P-dg. Il n’en mène pas large aujourd’hui. Pourtant, chacun a pu le voir pavaner auprès de nos autorités il y n’y a pas si longtemps encore. Sans doute en tant que consultant de quelque chose d’indéfinissable et dont les rapports ne valaient pas plus que ceux que j’ai refusé de payer jadis. Et cela, bien sûr, au détriment de l’excellence dont, pourtant, certains des nôtres sont porteurs.

La lecture du compte-rendu d’audience du tribunal correctionnel du 9 juin interpelle. Une famille mafieuse, trafiquante de drogue dure, semble pallier avec succès les restrictions budgétaires de l’État en arrosant un maire et son épouse sénatrice. Pitoyables personnages indignes qui devraient rembourser tout l’argent perçu au titre de leurs mandats électoraux. Les SDF en ont besoin. Nos jeunes ont en besoin. Nos vieux en ont besoin. Les victimes économiques de la pandémie en ont besoin.
Il est plus que temps de changer de discours sur “les Polynésiens profondément croyants, etc.”. Il est urgent de faire cesser ces déviances qui tuent notre jeunesse et lui bousillent aussi bien son présent que son avenir. Tout comme il est salutaire de dénoncer les manigances totalitaires animant certaines municipalités. C’est pas ça la République.
Quant aux rivières qui continuent à être l’objet de trafics juteux en matériaux de construction, tant pour les travaux publics que privés, l’arbitraire est la norme officielle légalisée. D’une part, le Pays s’approprie votre lit de rivière sous prétexte de domanialité, en toute impunité. D’autre part, une famille exploite “son” lit de rivière qui chez elle n’est pas domanial, en toute impunité. C’est pas non plus ça la République.
Faute de sanction légale, ayons confiance en la loi des causes et effets. Nos actes nous suivent et nos non-actes aussi. Notre société rend malade. Soyons patients.

Vendredi 18 Juin 2021 - écrit par Simone Grand


Simone Grand

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Fritch fait pschitt

L’horrible réalité sanitaire que nous vivons est devenue insupportable, notre pays enregistrant désormais les pires statistiques à l’échelle mondiale. Les morts (plus d’un demi-millier de décès) se ramassent à la pelle, par dizaine, voire vingtaine, selon les jours. Les familles doivent enterrer elles-mêmes leurs défunts avec leurs propres moyens, le personnel de santé est à bout de souffle, les covidés s’asphyxient et les renforts sanitaires arrivent au compte-gouttes… Chacun d’entre nous retient sa respiration ! Mais nul ne parvient à trouver un ballon d’oxygène dans la gestion de la crise proposée par le président de la Polynésie française. Après “l’affaire du mariage”, ses propos déplacés envers les journalistes locaux (relayés et condamnés par la presse nationale), puis l’enterrement de son directeur de cabinet en grande pompe, voilà que “Doudou” s’en remet maintenant à Dieu en pleine hécatombe. Et de s’énerver de plus en plus ouvertement face à l’insistance des médias, qui exercent pourtant leur métier en demandant simplement des réponses à leurs interrogations. Au lieu de lancer des appels désespérés au jeûne, on aurait pu penser qu’il lancerait plus vite et plus fort des appels du pied pour obtenir de l’aide de l’État pour de nouveaux personnels soignants, et qu’il saisirait le problème de la santé à bras-le-corps en lançant plus tôt de vastes campagnes de lutte contre l’obésité, le diabète, l’alcoolisme et les maladies chroniques dont souffre plus de la moitié de notre population. Que nenni, il allume 500 bougies, saute son petit-déj’ et se tourne vers le Tout-Puissant. Ainsi, au cœur de la tempête, le capitaine Fritch fait… pschitt !

Une autre maladie est aussi à traiter en urgence : celle des fake news autour de la vaccination qui contaminent les réseaux sociaux, avec leur déferlement de violences dans un monde qui ne pourrait être autre que manichéen. Nous sommes tous libres de faire ce qui nous semble le mieux pour nous et ceux que nous aimons. Pour autant, si le sujet est aussi clivant, c’est parce qu’il nous force à positionner un curseur entre notre liberté individuelle et notre responsabilité collective. Nous consacrons une analyse économique de cette thématique intéressante dans un dossier à retrouver en pages intérieures (lire pp. 14-19).
Si la communauté scientifique s’accorde à dire que la vaccination est l’arme la plus efficace pour nous protéger et nous permettre de recouvrer notre liberté, les politiques devraient cependant tout faire pour éviter que la question de la vaccination ne soit discriminante et ne se transforme en ségrégation sociale. Or, l’obligation vaccinale que vient de sortir le Pays aux forceps pour imposer certaines professions à s’injecter les doses anti-Covid pourrait attiser les tensions et nous diviser. Que le gouvernement donne l’exemple ! Tous les élus ne sont pas vaccinés, y compris certains des plus hauts représentants du Pays. Coincé dans les cordes, Fritch s’est engagé à ce que la classe politique montre la voie à suivre ; on voudrait y croire, mais à TPM, on est comme Saint Thomas…

Retrouvons le chemin de la cohésion sociale, menons des actions durables et soyons solidaires. Toute la rédaction de Tahiti Pacifique se joint à moi pour soutenir les foyers endeuillés, fa’aitoito à tous ! Le Covid a touché aussi nos équipes, ce qui nous a contraints à publier votre magazine avec une semaine de retard, mais nous tenons à vous offrir, malgré la crise que traverse également la presse, toujours cette goutte de liberté dans l’océan. Celle-là, vous pouvez en prendre plusieurs doses sans crainte, elle est totalement inoffensive. 
Dominique Schmitt

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.