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Quand l’incertain temporaire s’étire en longueurs imprécises

Quand l’incertain temporaire s’étire en longueurs imprécises, les repères deviennent mouvants
et ne balisent plus que nos incertitudes variables, révélant d’autres points d’ancrage possibles
qui parfois se dérobent ou s’affirment un temps avant de disparaître relayés par d’autres,
intermittents, évanescents ou plus ou moins pérennes.



Ainsi en est-il de la Covid-19, ainsi nommée selon l’appellation anglophone :
COronaVirusDisease 2019, généralement décliné en français au masculin, d’après
le genre donné au mot virus. Pour une fois qu’une calamité n’est pas décrétée féminine dès son apparition, apprécions ! Mais des journalistes, femmes pour la plupart, tiennent à le décliner au féminin ! Curieux !
Continuons à regretter qu’en tahitien son appellation n’ait pas fait l’objet d’une élémentaire réflexion. S’offre pourtant à nous l’occasion d’enfin commencer à débarrasser la précieuse et belle langue tahitienne de la foultitude d’hébraïsmes, hellénismes et autres expressions nées de l’inculture de décrétés experts non astreints
à justifier leurs choix linguistiques. Cette urgence de mettre fin à la trahison officiellement instaurée et rémunérée est d’autant plus grande que
se raréfient les locuteurs de naissance non influencés par leurs
fantaisies. Ça snobe les mots d’origine car "vulgaires" ou "primitifs" comme ça snobe l’anthropologie car "blanche" ou "popa’ā". En langue comme
en tout autre domaine, l’expertise vraie
est un questionnement permanent, humble et courageux de l’humanité dans sa diverse invariance.
Revenons à l’apparition de ce nouveau germe pathogène aux effets dévastateurs. Avec lui ont émergé des prophètes bardés de certitudes médicales et/ou écologiques. Les plus flamboyants, doctes et sentencieux ont prédit. Puis, la contagion déjouant leurs pronostics, ils se sont mis en tonalités sourdine et grisaille… sans se dédire bien sûr. Leurs annonces, démenties par les faits au fur et à mesure qu’elles sont émises, les renvoient à notre commune ignorance qui, une fois acceptée et questionnée, devient source de science. Ah ! Cette science
qui nous oblige à questionner les faits avec une méthode qui ne donne des résultats fiables que s’ils annoncent une marge d’erreur !
Voilà qui nous éloigne grandement de ce qui agitait jadis nos devanciers en semblables circonstances.
Les pandémies ont toujours existé et continueront à l’être.
Les désastres sanitaires d’antan furent propices à l’apparition de "fous" de Dieu clamant une Apocalypse imminente pour cause de péchés monstrueux ayant entraîné
le déchaînement d’une colère divine dont ils se disaient
les porte-parole frémissants et vengeurs à malsaine jubilation morbide
et meurtrière. Les épidémies furent d’efficaces instruments de conversion massive de peuples jusque-là indemnes de maladies introduites
se répandant avec une violence
destructrice de sociétés alors en équilibre. Ils ne font plus tellement recette ces acteurs autrefois incontournables de pandémies : prêchant, vitupérant, hurlant, désignant à la vindicte populaire des "coupables" à exécuter en victimes expiatoires en rituels échevelés et défoulements collectifs sanglants. Le péché le plus abominable était l’idolâtrie dont étaient déclarés coupables un ou des groupes humains à identité fluctuante selon les époques.
Avec Internet, la planète est un grand village où il est intéressant d’observer des tendances archaïques
à vouloir trouver d’absolus coupables.
Cette fois-ci, ce ne sont plus les juifs,
les protestants ou les catholiques, voire
les musulmans et les païens et autres amalgamés idolâtres. Aujourd’hui, ce sont
les savants, les intelligences hors du commun comme Bill Gates, qui seraient tous vendus au nouveau grand Satan que serait le Capitalisme à l’origine de la société de consommation destructrice de la Nature qui se venge… Pour de nombreux adeptes des réseaux sociaux, les démons d’une moderne cosmogonie maléfique sont
les scientifiques.
Dans le même temps, apparaît ci et là
une fièvre iconoclaste sans lien apparent avec la pandémie… comme une répétition de gestes destructeurs à deux cents ans d’intervalle sur de nouveaux objets symboles
et ou fétiches à honnir.
Il y a deux cents ans, d’autoproclamés détenteurs de Vérité encourageaient à détruire
les ti’i et autres objets de cultes océaniens taxés idolâtres. En réalité, les insulaires n’ont jamais été assez stupides pour diviniser des objets par eux-mêmes fabriqués ! Leurs objets sacrés témoignaient d’une autre conception de leur être au monde et d’un autre type
de relation avec l’invisible. Les imprécateurs n’ont rien compris et ne cherchèrent pas
à comprendre, estimant plus commode
de les ranger dans leurs tiroirs à idées reçues obsessionnelles assénées "vérités". Aujourd’hui, l’iconoclastie concerne
des statues célébrant ceux qui favorisèrent les conquêtes spirituelles et matérielles chrétiennes. Et, comme hier, les bras destructeurs sont commandés par des cerveaux ignorant presque tout de ce qu’ils détruisent.
Ils ne cherchent pas à comprendre. Ils obéissent à leurs pulsions déguisées en "saintes colères". Hier investis d’une mission divine, aujourd’hui d’une Justice des peuples. En réalité, sous ces fanions couvent et s’agitent des frustrations affectives intimes et sociales. Les leitmotivs vengeurs ne dissimulent même pas les béances abyssales dans la connaissance de son histoire personnelle, familiale et de ses groupes d’appartenances tour à tour alliés et antagonistes au cours des tempêtes et accalmies de l’Histoire. L’aiguillon empoisonné
d’une lecture simplificatrice de la Réalité propre aux régimes totalitaires fait désigner aveuglément coupables et victimes.
Le confinement nous a isolés les uns
des autres. Le déconfinement nous a permis de renouer ces fameux liens qui sont
nos vitamines et antidotes au malheur.
La réouverture des cieux nous voit traversés par une perturbante ambiguïté des sentiments. L’on repousse qui l’on veut embrasser et l’on se voit accomplir des gestes ressemblant fort à des manifestations de dégoût
dont on se sent humiliés quand elles s’adressent à nous.
Pour ne pas mourir du Covid, ne nous interdisons pas de vivre. Adaptons-nous.

Simone Grand

Vendredi 7 Août 2020 - écrit par Simone Grand


Simone Grand

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“Champions du monde” de Covid : on dit merci qui ?

Après notre titre de "champions d’Outre-mer" lorsque le fenua a réussi l’exploit, le mois dernier, d’être la seule collectivité ultramarine à se voir imposer un couvre-feu, voilà que nous prenons du galon en montant sur la première marche du podium des pays qui enregistrent le taux d’incidence le plus élevé de la planète. Si, si, avec 1 603 cas pour 100 000 habitants (du 29 octobre au 11 novembre 2020), nous sommes devenus "champions du monde" de coronavirus devant Andorre (1 378) et la République tchèque (1 330), selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies ! Le summum de l’aberration a été atteint la semaine dernière quand on a appris que les touristes hexagonaux étaient interdits de… Polynésie. Depuis le reconfinement de la Métropole, le motif dérogatoire touristique qui figure dans l’arrêté du haut-commissaire (en vigueur jusqu’au 16 décembre) n’est en effet plus considéré comme une raison valable. On pourrait croire à une mauvaise blague, mais non, c’est bien la triste réalité.
Nous qui étions “Covid-Free” et misions tout sur le tourisme extérieur pour sauver l’économie locale, on peut dire que c’est ballot ! À vouloir courir plusieurs lièvres à la fois, changer de stratégie et ne pas mettre des contrôles sanitaires stricts lors de la réouverture de nos frontières, les autorités ont perdu sur tous les tableaux et font sombrer notre économie… Les petits commerces mettent la clé sous la porte les uns après les autres, de même que certaines pensions. Par ailleurs, la décision de fermer les salles de sport a suscité l’incompréhension de nombre d’entre nous qui crient à l’incohérence, alors que les lycéens s’entassent dans les classes. Pourquoi ne pas avoir pris des mesures adaptées, comme c’est le cas dans d’autres secteurs ? Surtout que le profil des personnes hospitalisées est une majorité de patients obèses, diabétiques et hypertendus. Le Covid tue les personnes en mauvaise santé, et on empêche les gens de faire du sport et de renforcer leur immunité… C’est d’autant plus aberrant chez nous, avec une partie de la population dite “à risques”. C’est le serpent qui se mord la queue !
Pendant ce temps, le Bureau de veille sanitaire (BVS), en sous-effectif, est quasiment injoignable, tellement il est débordé. Il n’y a aucun contrôle des cas positifs et encore moins de suivi des cas contacts. En changeant de protocole sans réaliser de vraie communication, les autorités ont réussi à embrouiller l’esprit des citoyens, qui ne savent même plus s’ils doivent aller travailler ou rester chez eux lorsqu’ils sont cas contacts. Et on se demande encore comment on a du mal à limiter la propagation du virus ? Nos dirigeants, ici et en Métropole, répètent assumer entièrement leurs responsabilités, mais tous ces morts doivent commencer à devenir pesants !
Si on ne peut plus voir ses amis, ni assister à un événement culturel, ou même faire du sport, il nous reste une seule solution pour éviter la sinistrose : en profiter pour retrouver les plaisirs des sens, les plaisirs de la Vie… Alors, on dit merci qui ?

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT