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Reportage : Makatea, le témoignage d’une Polynésie oubliée et l'espoir d’un avenir durable


Jeudi 8 Août 2019 - écrit par Laura Théron


Après des années d’une exploitation industrielle qui a laissé l’île terriblement marquée, Makatea se révèle de nouveau au monde et aux touristes, qu’ils soient locaux ou étrangers. Ni tout à fait atoll, ni vraiment île haute, elle est l’île des Tuamotu la plus proche de Tahiti. Pourtant, nombreux sont ceux qui méconnaissent son histoire, celle d’une Polynésie marquée par le colonialisme industriel et qui peine à se relever du poids d’un passé encore trop proche…



De longues falaises de calcaire longent l'île. Crédit photo : Laura Théron
De longues falaises de calcaire longent l'île. Crédit photo : Laura Théron
À 200 kilomètres au nord de Tahiti, Makatea trône sur l'horizon, seule et isolée. Avec ses 28 km2 carrés, Makatea est un confetti sur l'immensité de l'océan Pacifique et pourtant parfaitement unique. Unique parmi la centaine d'îles polynésiennes, unique parmi toutes les îles du monde. En effet, elle est l'un des 132 atolls soulevés du monde, et Makatea serait le plus haut de tous…
Ces atolls soulevés sont rares, ils sont le résultat de phénomènes géologiques cataclysmiques. Makatea, l'atoll soulevé, serait né de la création de l'île de Tahiti, il y a plusieurs milliers d'années. Le volcan et le mouvement sous-marin auraient été d'une force et d'une brutalité telles qu'ils auraient propulsé l'atoll en dehors des eaux. Les géologues qui ont étudié l'île affirment que l'atoll se serait soulevé en plusieurs fois sur une période de temps longue, jusqu'à atteindre aujourd'hui plus d'une centaine de mètres de hauteur, à son point culminant. Le mot "makatea" est d'ailleurs parfois utilisé aujourd'hui pour désigner de manière générique les atolls de ce type à travers le monde. Trois îles de l'océan Pacifique présentent ces caractéristiques géologiques, les deux autres étant Nauru et Banaba...

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"COVID-FREE" : ON SERRE LES FESSES !

La croisière n’amuse vraiment plus ! Alors que la Polynésie a fait le pari de rouvrir notre destination au tourisme international, il aura fallu seulement deux semaines pour qu’un premier cas de Covid-19 soit détecté au fenua, à bord du Paul Gauguin. Avant que la compagnie maritime ne soit informée de la présence d’une croisiériste américaine contaminée et ne décide de rentrer au port de Papeete, le navire a fait escale à Bora Bora où les passagers ont participé à des activités de loisirs, ce qui corse l’affaire et rend impossible la traçabilité exacte des personnes mises en contact. Depuis le 15 juillet, à grand renfort de slogan "Covid-Free", le Pays a décidé d’ouvrir les écoutilles, sans soumettre les visiteurs à une "quarantaine", et l’on peut sérieusement s’interroger sur la pertinence de miser sur le tourisme de masse, et notamment les paquebots où l’on vit à huis clos, quand les pays et territoires voisins du Pacifique ont choisi, eux, de s’isoler et de protéger leurs populations.
Force est de constater que le dispositif mis en place a des failles, même si l’on persiste à nous faire croire le contraire. C’est pourquoi le Pays et l’État ont annoncé l’instauration d’une troisième "barrière" de contrôle, pour les croisiéristes uniquement : en plus du test de moins de 72 heures avant l’embarquement vers la Polynésie et de l’auto-test au quatrième jour (sans oublier la fiche de suivi du voyage sur la plateforme Etis pour les visiteurs extérieurs), toute personne souhaitant monter à bord d’un navire devra effectuer un examen supplémentaire le jour-même, qui sera pris en charge par le gouvernement. En revanche, ni le haut-commissaire ni le président de la Polynésie ne songent à imposer un confinement à l’arrivée des touristes internationaux avant le résultat de leur auto-test au quatrième jour, "sinon ils ne viendraient pas"… De même, un dépistage à plus grande échelle pour la population n’est pas à l’ordre du jour. "On n’en a pas besoin parce que le virus ne circule pas", considère ainsi Hervé Varet, directeur de l’Institut Louis Malardé.
Aujourd’hui, près de 15 000 emplois sont en effet menacés, essentiellement dans le secteur du tourisme, tandis que de plus en plus de fare tournent au café-pain-beurre. En outre, "le Pays n’a pas les moyens financiers nécessaires pour continuer à soutenir" le monde du travail "à moyen terme", a concédé Édouard Fritch, d’où l’emprunt de 28,6 milliards de Fcfp (la moitié de nos besoins financiers réels) à l’État français, amortissable sur vingt-cinq ans. Mais, pour pallier la crise économique, on n’a donc pas d’autre choix que de parier sur notre bonne étoile ? Serait-on en train de jouer à la roulette russe sous nos tropiques ? Surtout qu’un deuxième cas de coronavirus a été décelé, lundi soir, chez un personnel naviguant d’Air Tahiti Nui, à quelques jours de la rentrée scolaire… Les autorités essaient de nous rassurer, mais en réalité on croise tous les doigts et on serre les fesses ! Que faire d’autre ? Prier peut-être ?

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.
Dominique Schmitt

Dominique SCHMITT