Quand Jacques Mérot accuse Tahiti Pacifique de sa propre chute à la présidence de l’APC…
b[Organiser une conférence de presse en rebondissant sur un article de presse et en accusant l’auteur de réaliser une "campagne de dénigrement acharnée", sans y convier ni le journaliste ni le responsable du support médiatique (pour le coup, la même personne) ou même l’appeler au préalable, on pourrait penser que ce n’est pas envisageable sur le plan déontologique et encore moins dans le domaine du fair-play. C’est pourtant bien ce qui s’est passé, le 9 mars dernier…
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Une sortie de route de plus de la part du président de l’Autorité polynésienne de la concurrence (APC), mais qui, finalement, ne surprend plus vraiment. Cette attitude s’inscrit en effet dans la continuité de ses actions au sein de l’APC, où il n’a pas réussi à s’en tenir au protocole, à savoir veiller à une stricte étanchéité entre les fonctions de décision (le collège, qui a un rôle de jugement) et d’instruction (le service d’instruction, qui garantit l’impartialité de l’Autorité dans l’examen des dossiers). En effet, faut-il rappeler que Jacques Mérot cumule pas moins de trois irrégularités à son actif, qui ont jeté le discrédit sur toute l’institution ? Rafraîchissons-nous la mémoire…
Tout d’abord, deux sociétés de gardiennage ont accusé l’APC de violation des principes fondamentaux de séparation des pouvoirs et d’impartialité, se basant sur une note interne du rapporteur général s’adressant en mai 2018 au collège (le président en personne a même provoqué une réunion le surlendemain pour auditionner le rapporteur et décider de l’orientation à donner au service d’instruction !). Ensuite, c’est la Cour d’appel de Paris qui a suspendu,
trois jours plus tard, l’exécution de la décision de condamnation du groupe de distribution Wane prononcée par l’APC dans l’affaire de la réfrigération des boissons (M. Mérot a fourni une attestation écrite dans le cadre d’un litige prud’homal en faveur d’un cadre qui s’opposait au groupe Wane, puis a refusé de se "déporter" lors de l’audience de plaidoirie devant l’APC). Enfin, dans l’affaire du BTP, révélée en juillet 2019, il a directement demandé par courrier au haut-commissaire des pièces relatives au marché public du bitumage des routes de Tahiti, ce qui constitue encore une fois un manquement à ses obligations.
Procédure de démission d’office : le devoir de réserve encore bafoué
Aussi regrettable que ce soit de voir le seul rempart contre les monopoles industriels et les pratiques anticoncurrentielles s’effondrer, non, la fin ne justifie pas les moyens ! Et, oui, Tahiti Pacifique s’appuie sur des documents officiels afin d’attester ses dires. D’ailleurs, il est surprenant qu’aucun de nos confrères n’aient posé deux questions simples à Jacques Mérot : "pourquoi le principal intéressé n’a pas été invité pour répondre à vos attaques personnelles ?" et "que répondez-vous aux accusations d’impartialité de la part de la cour d’appel de Paris et de toute la presse spécialisée ?". Surtout qu’il n’a pas respecté, non plus, son devoir de réserve en convoquant certains médias triés sur le volet pour un "point d’information" dont l’objectif était de leur déclarer qu’il était visé par une procédure de démission d’office, décidée par tous les membres du collège et initiée par le doyen, Christian Montet, comme le règlement interne le stipule.
C’est notre article paru dans le dernier numéro (lire TPM n° 428 du 6 mars 2020), intitulé "Démission de Michel Paoletti : malaise à l’APC ?", qui aurait mis le feu aux poudres. Jacques Mérot dénonce "une campagne de presse systématiquement hostile" de Tahiti Pacifique, dont il conteste les écrits qui "instrumentalisent" le départ de M. Paoletti. Selon lui, "le malaise" au sein de l’Autorité, "ça n’a rien à voir", peut-on lire encore dans la presse. Permettez-nous de nuancer ces propos. En écrivant "ce départ précipité serait-il l’illustration du malaise qui existe au sein de l’APC depuis les différentes affaires ayant entaché son président Jacques Mérot ?", nous n’affirmons jamais rien dans ce sens, nous posons simplement la question. Aussi, il semblerait que M. Paoletti ait préféré se retirer de l’APC pour ne pas être mêlé à la mutinerie qui tente aujourd’hui de faire tomber le capitaine de la pirogue avant que le naufrage ne soit inévitable. Pour finir, nous vous gardons le meilleur : M. Mérot a tenu à "corriger" nos informations sur son salaire : "1,9 million de Fcfp net par mois, c’est élevé, certes, mais c’est la rémunération d’un haut fonctionnaire en Polynésie." C’est pourtant exactement ce que nous affirmons depuis notre premier article sur l’APC, en évoquant une "rémunération moyenne mensuelle de 2,3 millions de Fcfp brut, soit 1,9 million de Fcfp net" (lire TPM n° 410 du 28 juin 2019). Parfois, il est préférable de s’abstenir plutôt que de médire. Le 16 mars dernier, le collège devait auditionner son président, puis rendre un avis avant de le transmettre au président du Pays qui tranchera in fine. Cependant, M. Montet s’étant déporté, la procédure a été reportée, le quorum n’ayant pu être atteint.
En effet, M. Montet a signifié dans un communiqué de presse : "Ayant été mis en cause dans la presse locale par M. Jacques Mérot, président de l’Autorité polynésienne de la concurrence, dans le cadre de la procédure de démission d’office initiée le 20 février 2020, j’ai décidé de me déporter pour préserver l’institution et éviter que cette mise en cause de ma personne ne puisse être exploitée. Je veux ainsi protéger l’impartialité et l’indépendance de l’APC dans cette affaire."
Suite au prochain épisode…