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Ces si chères boîtes postales...


Vendredi 2 Octobre 2020 - écrit par Marguerite Virtos Tehuritaua




Crédit photo : Tahiti Infos
Crédit photo : Tahiti Infos
"Peuple de Polynésie ! Sais-tu que tu détiens un nouveau record ? Tout comme celui que tu as obtenu lorsque tu t’es mobilisé pour rassembler le plus grand nombre de joueurs de ukulele place To'ata ?
Si, si, ce nouvel exploit hors du commun a vu le jour récemment. De grands et intelligents cerveaux l’ont concocté et choyé pendant le confinement. De ce fait, il faut absolument qu’il soit inscrit dans le Livre Guinness des records et comme ceci :
« Le record des boîtes postales les plus onéreuses de la planète est attribué à la Polynésie française ! »

Quelle belle publicité et quelle renommée pour le pays ! Cela fera plaisir au gouvernement ! Hourra ! Hourra ! Qu’on se le dise ! Et que résonnent les pahu et retentissent les tō'ere pour que tout un chacun connaisse cette grande nouvelle qui a circulé sur les réseaux sociaux. Tu noteras, peuple de Polynésie, que la Poste s’est bien gardée de t’en informer via ta boîte postale mais que, de source sûre, elle a déjà récolté la manne exigée ! De ce fait, la Poste te prend pour une vache à lait ou pour un mouton bêlant, qu’il faut traire et tondre à tout prix ! Imagine ce que cela donne en film des Muppet Show ou des Guignols !
Souviens-toi du racket de la Poste ! Il y a peu, elle faisait obligation à tous les usagers de payer une taxe – désormais annulée parce que maintes fois huée – lorsqu’ils venaient récupérer leur colis, alors que le coût du transport avait déjà été payé par l’envoyeur !
La revoilà qui revient à la charge, telle Tartarin de Tarascon sur son cheval, brandissant son épée, pour taxer de 500 Fcfp toute personne supplémentaire utilisant ta boîte postale. À défaut de paiement, elle ne distribuera plus le courrier des récalcitrants, des non-payants ou des désargentés, à compter du 1er octobre 2020 ! La Poste considérerait-elle l’humain comme une quantité négligeable ?
Voici un exemple d’abonné : un couple, huit enfants, soit dix utilisateurs. La boîte postale est au nom de Monsieur, qui paie 2 500 Fcfp par an. Les autres membres de la famille y reçoivent aussi du courrier à leur nom, avec la mention : c/o M. Untel, BP n° X, selon les instructions données par la Poste, naguère ! Maintenant, si Madame et les enfants veulent être servis, ils devront payer annuellement 500 Fcfp chacun. Sinon : plus de distribution de leur courrier. L’abonnement annuel de la famille passe alors brutalement à 7 000 Fcfp (500 Fcfp x 9 + 2 500 Fcfp)... Le pompon !
Par ailleurs, il est de notoriété publique que la Poste n’a plus la capacité de mettre des boîtes postales à la disposition de la clientèle et donc, plus de possibilité de dédoubler les "greffons" accrochés à un abonnement principal. Mais alors, où vont donc les courriers qui ne sont plus distribués ? À la trappe ? La Poste ferait-elle payer à l’usager ses propres carences ?

Mais où va-t-on ? Et de qui se moque-t-on ? Heureusement que le ridicule ne tue pas, car la trouvaille de ce nouveau racket – surgie d’une ou de plusieurs grosses têtes bien pensantes, mais sans nul doute fatiguées et embuées d’avoir été confinées – est grotesque, indécente, injustifiée, et tout simplement inacceptable pour tous et chacun.
Elle doit être retirée, car le peuple de Polynésie n’est pas la vache à traire ni le mouton à tondre de la Poste ou de n’importe quels grands groupes – quels qu’ils soient – dans un contexte très difficile pour les familles. Et bien entendu, le courrier de tout le monde doit être distribué. Et ce sera justice !"




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Bataille de matahiapo dans le bac à sable

Enfin ! Nous connaissons désormais les dates auxquelles pourrait se tenir la fameuse Table ronde de “haut niveau” sur les conséquences des essais nucléaires en Polynésie française, promise par le président de la République Emmanuel Macron : la réunion devrait avoir lieu les 1er et 2 juillet prochains, à Paris. Ce rendez-vous est une “chance” à “ne pas gâcher” selon Édouard Fritch. Mais tout le monde ne l’entend pas de la même oreille que “Doudou”, loin s’en faut ! La majorité des associations de victimes ont déjà annoncé qu’elles n’y participeront pas et les associations religieuses semblent suivre le pas. Dans le camp des opposants, on retrouve bien sûr le leader du Tavini, “Oscar One”, qui voit en cette décision de “Manu 1er” un refus “d’assumer le problème nucléaire en face à face avec le peuple polynésien” et estime qu’il “délocalise le problème à Paris, à 20 000 km de Papeete, pour mieux en contrôler l’agenda, les participants et les conclusions”. Et de scander : “Ni Maohi Nui ni Kanaky ne sont à vendre !”

Une personnalité politique regrette cependant de ne pas avoir été invitée : Gaston Flosse. L’ancien président autonomiste vient d’annoncer la création de son nouveau parti politique, Amuitahira’a o te Nuna’a Maohi, qui remplacera officiellement le Taohera’a Huiraatira en juillet prochain. Il y avait un moment que l’on n’avait plus vu le bout de la queue du “Vieux lion”. Mais le voilà qu’il surgit avec son projet d’État souverain associé à la France. Et rugit sa colère envers “Oscar One” qui a osé considérer, devant la presse, ce statut comme “de la merde”. Dans une lettre ouverte, il fustige son meilleur ennemi : “Après avoir exercé tant de hautes fonctions, et après 44 ans de discours, de gesticulations, de manifestations, de blocage et tant encore, où en es-tu de tes promesses d’indépendance aux Polynésiens ? (…) En vérité, tu as échoué.” Après avoir basculé, sans transition, du orange au bleu (clair), voilà donc que le patron du futur “Amuitahira’a”, ce nouveau parti censé regrouper toutes les sensibilités politiques, commence par attaquer le chef de file de l’indépendance… Tandis que nos étudiants passent l’épreuve inédite du grand oral du bac “nouvelle formule” – un examen sous haute bienveillance –, nos drôles de matahiapo se livrent, eux, à une énième bataille dans le bac à sable ! Au point que certains internautes se sont même amusés à les comparer aux marionnettes du célèbre Muppet Show !

Plus sérieusement, on peut s’inquiéter du contenu de cette Table ronde sur le nucléaire, qui risque fort de ressembler à “une coquille vide”, selon les termes du député Moetai Brotherson. D’autant plus agacé que sa proposition de loi “Prise en charge et réparation des conséquences des essais nucléaires français” a été rejetée, lors de son examen à l’Assemblée nationale par la majorité présidentielle. La République en marche a estimé en effet que c’est la Table ronde du 1er et 2 juillet qui “doit permettre de mettre à plat tout cela”. Alors que peut-on espérer de cette réunion de “haut niveau” ? Nous avons posé la question à Jean-Marc Regnault, maître de conférences honoraire et chercheur associé à l’UPF. Pour ce spécialiste, contributeur régulier de TPM : “C’est la géopolitique qui dictera l’attitude de Paris et non les revendications polynésiennes” (lire pages 8-9). Affaire à suivre…  

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT