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Environnement : le casse-tête de ces épaves qui menacent le littoral


Vendredi 11 Août 2017 - écrit par Les Nouvelles Calédoniennes




Sur les 27 000 bateaux considérés comme "actifs" dans les registres des Affaire maritimes, 6 300 auront atteint "la fin de vie" d’ici 15 ans. Crédit photo : Les Nouvelles Calédoniennes/Thierry Perron
Sur les 27 000 bateaux considérés comme "actifs" dans les registres des Affaire maritimes, 6 300 auront atteint "la fin de vie" d’ici 15 ans. Crédit photo : Les Nouvelles Calédoniennes/Thierry Perron
Conséquence du premier boom de la plaisance intervenu au début des années 70, près de 20 000 navires devraient arriver "en fin de vie" d’ici 2055 à défaut d’une filière de valorisation.
Décrépites, éventrées, ou juste vieillissantes : les épaves sont de plus en plus nombreuses à croupir au mouillage, à quai, ou dans les marinas. Et ça commence à se voir. Une piètre image pour notre littoral, un danger pour la navigation, et une bombe à retardement pour l’environnement. Selon une étude de l’antenne locale de l’Agence française pour la biodiversité (AFB) sur l’éco-navigation, des 27 000 navires immatriculés aux Affaires maritimes, on estime que 6 300 unités arriveront en fin de vie dans les quinze prochaines années. Et si rien n’est fait d’ici 2055, elles seront environ 20 000. Mais le nombre réel de bateaux en service est "très probablement inférieur" ajoute avec précaution l’AFB. En effet, sont considérés comme "actifs", les bateaux qui n’ont pas été déclarés comme sortis de la flotte des Affaires maritimes. Or, les plaisanciers n’ayant aucune obligation réglementaire ou fiscale à cet égard, difficile de localiser leur bien et d’affiner le chiffrage. Difficile également de retrouver certains propriétaires peu scrupuleux, dès lors qu’ils ont pris le soin de retirer l’immatriculation du navire, et de gommer le nom.

Un futur tsunami d’épaves

"Ça ne coûte rien d’abandonner son navire", glisse Lluis Bernabé, président du Cluster maritime de Nouvelle-Calédonie (CMNC). Tandis que le déconstruire… "Il n’y a rien aujourd’hui qui oblige le propriétaire à recycler son bien", souligne Jean-Marie Lafond, directeur de la Denv (Direction de l’environnement de la province Sud). Selon l’AFB, seuls trois à quatre plaisanciers, en moyenne par an, font appel à la société de collecte et de traitement de déchets, EMC, pour une démolition. Les autorités le savent. Face à ce futur tsunami d’unités hors d’usage, la mise en place d’une filière de valorisation se fait plus pressante que jamais. Et c’est là que ça se corse. "Toute la question est de savoir qui va passer à la caisse, ironise Lluis Bernabé. Quoi qu’il arrive, il y aura un coût." "On est vraiment juste dans la phase de réflexion, insiste Jean-Marie Lafond. Mais il faudra trouver une piste de financement par la revente des matériaux ou par une éco-participation (sur le principe du pollueur-payeur, NDLR)." Liquides toxiques, polyester, plastiques, acier ou aluminium : loin d’être tous valorisables, les déchets sont également soumis au cours des matières premières sur le marché mondial. La fébrilité des filières de traitement des déchets déjà en place doit servir de leçon.

Pétardage des navires

Aucune piste n’est privilégiée à ce stade de la réflexion. Un ensemble de mesures semble plus probable. "Tout est une question d’équilibre", commente Lluis Bernabé. Un chantier de démolition navale ? Coûteux, et forcément aussi polluant. Le pétardage des navires pour en faire des récifs artificiels ? Face à une certaine saturation des sites de plongées, les clubs et les touristes ne s’en plaindraient pas. "Mais on ne pourra pas tous les couler", prévient le président du Cluster maritime. D’autant que, selon la taille du navire, la dépollution est elle aussi coûteuse. Et que d’après les statistiques de la Chambre de métiers et de l’artisanat (CMA), "aucune des 188 sociétés du secteur de la construction, et de la réparation navale, n’est spécialisée dans la déconstruction de navires."
Une étude de faisabilité pour la mise en place d’une filière devrait bientôt démarrer avec le soutien de l’Ademe. "On a tendance à dire que c’est aux pouvoirs publics de régler la facture, mais ce n’est pas à la collectivité tout entière de payer pour quelques particuliers", assène Lluis Bernabé. Faire accepter le fait que le bateau devienne un déchet, et qu’il soit traité en conséquence : la sensibilisation des plaisanciers, et du public de manière générale, s’impose au rang des premières étapes.
Sources : Les Nouvelles Calédoniennes

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"COVID-FREE" : ON SERRE LES FESSES !

La croisière n’amuse vraiment plus ! Alors que la Polynésie a fait le pari de rouvrir notre destination au tourisme international, il aura fallu seulement deux semaines pour qu’un premier cas de Covid-19 soit détecté au fenua, à bord du Paul Gauguin. Avant que la compagnie maritime ne soit informée de la présence d’une croisiériste américaine contaminée et ne décide de rentrer au port de Papeete, le navire a fait escale à Bora Bora où les passagers ont participé à des activités de loisirs, ce qui corse l’affaire et rend impossible la traçabilité exacte des personnes mises en contact. Depuis le 15 juillet, à grand renfort de slogan "Covid-Free", le Pays a décidé d’ouvrir les écoutilles, sans soumettre les visiteurs à une "quarantaine", et l’on peut sérieusement s’interroger sur la pertinence de miser sur le tourisme de masse, et notamment les paquebots où l’on vit à huis clos, quand les pays et territoires voisins du Pacifique ont choisi, eux, de s’isoler et de protéger leurs populations.
Force est de constater que le dispositif mis en place a des failles, même si l’on persiste à nous faire croire le contraire. C’est pourquoi le Pays et l’État ont annoncé l’instauration d’une troisième "barrière" de contrôle, pour les croisiéristes uniquement : en plus du test de moins de 72 heures avant l’embarquement vers la Polynésie et de l’auto-test au quatrième jour (sans oublier la fiche de suivi du voyage sur la plateforme Etis pour les visiteurs extérieurs), toute personne souhaitant monter à bord d’un navire devra effectuer un examen supplémentaire le jour-même, qui sera pris en charge par le gouvernement. En revanche, ni le haut-commissaire ni le président de la Polynésie ne songent à imposer un confinement à l’arrivée des touristes internationaux avant le résultat de leur auto-test au quatrième jour, "sinon ils ne viendraient pas"… De même, un dépistage à plus grande échelle pour la population n’est pas à l’ordre du jour. "On n’en a pas besoin parce que le virus ne circule pas", considère ainsi Hervé Varet, directeur de l’Institut Louis Malardé.
Aujourd’hui, près de 15 000 emplois sont en effet menacés, essentiellement dans le secteur du tourisme, tandis que de plus en plus de fare tournent au café-pain-beurre. En outre, "le Pays n’a pas les moyens financiers nécessaires pour continuer à soutenir" le monde du travail "à moyen terme", a concédé Édouard Fritch, d’où l’emprunt de 28,6 milliards de Fcfp (la moitié de nos besoins financiers réels) à l’État français, amortissable sur vingt-cinq ans. Mais, pour pallier la crise économique, on n’a donc pas d’autre choix que de parier sur notre bonne étoile ? Serait-on en train de jouer à la roulette russe sous nos tropiques ? Surtout qu’un deuxième cas de coronavirus a été décelé, lundi soir, chez un personnel naviguant d’Air Tahiti Nui, à quelques jours de la rentrée scolaire… Les autorités essaient de nous rassurer, mais en réalité on croise tous les doigts et on serre les fesses ! Que faire d’autre ? Prier peut-être ?

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.
Dominique Schmitt

Dominique SCHMITT