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“Faux” tapa “made in Thailand”


Vendredi 18 Décembre 2020 - écrit par Vaea Deplat et Dominique Schmitt


Dans le cadre de l’actuelle exposition “Fa’aiho ta’u tufa’a, regards d’artistes contemporains”, présentée au Musée de Tahiti et des îles, Tahe Drollet propose aux visiteurs une œuvre magistrale “Faafaillite”, une pirogue double traditionnelle chargée d’un container “China shipping” (voir TPM n° 443 du 20 novembre 2020). Une proposition artistique engagée critiquant le brouillage identitaire et culturel imposé par la mondialisation et pointant du doigt l’usurpation d’un patrimoine traditionnel et authentique, mis au pas par le “made in China”. Une œuvre ô combien prophétique au regard de notre dossier de Une, qui ne nous emmène pas en Chine, mais en Thaïlande, d’où une société peu scrupuleuse prospère depuis au moins vingt ans sur le dos du tapa polynésien. Cette entreprise florissante, ayant pignon sur rue au fenua, pourrait très bientôt être inquiétée par la répression des fraudes de la Direction générale des affaires économiques (DGAE). En cause : la commercialisation de potentiels “faux” tapa “made in Thailand”. Enquête…



Alors même qu’avec la crise sanitaire et économique que nous traversons, nos artisans des cinq archipels ont plus que jamais besoin du soutien financier actif des consommateurs, qu’ils soient touristes ou résidents, il semblerait que certains entrepreneurs manquent d’honnêteté et de transparence quant aux matières premières utilisées, à leur provenance et au lieu de fabrication.

Depuis de nombreuses années, une certaine société (dont nous tairons le nom en attendant l’instruction du dossier par la cellule de répression des fraudes de la DGAE, ndlr) fait un commerce lucratif et répandu autour d’objets se faisant passer abusivement pour du tapa, commercialisé aux côtés de monoi de Tahiti, tiki marquisien, nacres et autres produits locaux dans un grand nombre de curios et kiosques à souvenirs, mais également dans les boutiques d’hôtels, l’aéroport ou certaines grandes enseignes. Depuis 2001 au moins, la société décline toute une gamme de produits : des cartes postales aux affiches, en passant par des porte-chéquier, des pochettes, des porte-monnaie, des étuis à maquillage et autres portefeuilles, carnets de voyage, bracelets, étuis à cigarettes…
Problème : sur leur site Internet, nous apprenons qu’en fait de tapa, il est plutôt question de “washi paper”, papier de riz japonais réalisé à partir de mûrier à papier. Alors certes, le mûrier à papier est une des essences d’arbre utilisées en Polynésie française pour réaliser du tapa (lire encadré page 18), mais, en l’occurrence, celui-ci est manifestement “made in Thailand”…

Pour lire l'intégralité de ce Dossier, commandez Tahiti Pacifique n° 445 en cliquant ICI


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La mémoire des essais nucléaires au risque d’Alzheimer…

Après la publication de notre dossier consacré à une arnaque au tapa “made in Thailand” envahissant le marché polynésien (lire TPM n° 445 du 18 décembre 2020), qui a suscité l’indignation dans le monde de la culture, le soutien du Pays affiché aux artisans quelques jours plus tard devant les médias étonne pour ne pas dire détone… En effet, le gouvernement a laissé filer un trafic de “faux tapa” qui inonde depuis une vingtaine d’années les curios, les musées et même aujourd’hui certains hôtels de luxe, mais il n’hésite pas à s’afficher fièrement en grand défenseur des artisans pour une opération lancée dans les magasins Carrefour et Champion pour les fêtes de fin d’année. Cherchez l’erreur…

Autre actualité qui nous fait dresser les poils, au rayon des archives militaires cette fois : l’historien Jean-Marc Regnault nous alerte sur la récente complexification de l’accès des documents dont la communication porte atteinte au secret de la défense nationale. Alors que la loi du 15 juillet 2008 relative aux archives, inscrite dans le code du patrimoine, prévoyait un délai de cinquante ans pour autoriser leur consultation, une révision des dispositions en 2011 a précisé que tout document portant un marquage “Secret Défense”, dit “classifié au titre du secret de la défense nationale”, devait être déclassifié par l’autorité compétente avant communication… Eh bien figurez-vous que la situation s’est aggravée depuis 2020 en raison d’une interprétation de plus en plus restrictive de cette instruction interministérielle, qui a entraîné le blocage de nombreux fonds aux Archives nationales, aux Archives du Centre d’histoire de Sciences Po à Paris, comme aux archives de la Défense. En clair, cela signifie que des documents qui étaient librement communicables et communiqués, des documents qui avaient été publiés dans de nombreux livres d’Histoire, sont désormais… inaccessibles ! C’est l’objet de notre dossier de Une pour ce premier numéro de l’année (lire pages 14 à 16). Pourquoi l’État poursuit-il sa politique de l’autruche et fait tout pour cacher la vérité historique ? Y aurait-il tant de secrets inavoués et inavouables ? La reconnaissance du fait nucléaire serait-elle un perpétuel combat ? D’ailleurs, y aura-t-il jamais un Centre de mémoire des essais en Polynésie ? La question est posée.

Enfin, parce que nous aimons aussi vous faire vous évader, retrouvez notre portrait haut en couleur de Titouan Lamazou (lire pages 18 à 25). Artiste talentueux et navigateur insatiable, celui qui a été piqué au tiare il y a plus de quarante ans déjà a décidé de poser l’encre et les pinceaux au fenua. Découvrez un homme d’exception, qui confie avoir une “empathie sociale congénitale”, mais également un peintre de génie, qui a eu à cœur de créer une gamme de produits dérivés de ses œuvres privilégiant une coopération locale avec l’ambition d’une production 100% “made in Tahiti. Un bel exemple d’énergie positive, dont nous devrions nous inspirer. Toute la rédaction de Tahiti Pacifique vous souhaite, chers lecteurs, une excellente année et vous adresse ses meilleurs vœux pour 2021.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT