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Gestion de la crise : eau et gaz à tous les étages…



Il n’y a pas un jour sans que, à propos de la gestion de la crise liée au Covid-19, nous sourcillions à la lecture de tel ou tel article paru dans la presse nationale et internationale ou à l’annonce de telle ou telle décision locale du Pays et de l’État. Eau et gaz à tous les étages, on se sent enfumés ! Au fenua, après l’affaire des masques offerts à la Polynésie par le patron de la "future" ferme aquacole de Hao, on tombe à la renverse en apprenant qu’un contaminé comptait parmi les… décontamineurs envoyés le 3 mai dernier par l’Armée française, comme l’ont ironiquement titré nos confrères de Tahiti Infos, révélant que les membres d’équipage de l’A330 MRTT "Phénix" n’avaient été ni testés ni placés en quatorzaine avant leur départ. On croit rêver. Pourtant, le haut-commissaire et les Forces armées ont toujours affirmé le contraire et garanti des mesures sanitaires "particulières". On constate amèrement qu’elles n’ont pas été respectées. La pilule n’arrive pas plus à passer lorsque le représentant de l’État justifie que cette mission n’était "pas sous le commandement de l’Amiral" et que les décisions prises ici ou en Métropole ne sont "pas les mêmes". Puis, quand il tente de nous expliquer que ce militaire testé positif au Covid-19 – retourné entre-temps vers l’Hexagone – présente "une très faible trace virale" et n’est "pas contagieux", il faut bien avouer que l’on a peine à le croire. Et pour cause, la confiance est entamée faute de transparence ; pire, elle est bafouée !

D’autant que trois jours après, l’on découvrait avec stupéfaction que l’A400M, l’autre avion déployé dans le cadre de l’opération "Résilience", avait rapatrié une vingtaine de résidents polynésiens bloqués en Nouvelle-Zélande, alors que plus de 300 de nos ressortissants sont également coincés en Métropole et crient à l’aide. Aux abois, ils n’ont toujours pas retrouvé leurs siens. On se souvient, le mois dernier, que la ministre des Outre-mer, Annick Girardin, avait lâché cette petite bombe au sujet de la mise en place d’une quatorzaine une fois les passagers débarqués à Tahiti : “Il n’y a pas la volonté en Polynésie parce qu’il n’y aurait pas les capacités sur place.” Alors, comment l’État peut-il avoir la volonté, a contrario, de faire entrer en Polynésie plus de 1 700 fonctionnaires (enseignants, gendarmes…) d’ici la fin août, si le Pays n’a pas les structures suffisantes pour les accueillir ? Par ailleurs, il faudra envisager le retour des plus de 1 000 étudiants polynésiens qui voudront bientôt rentrer chez eux, après la fin de leur année universitaire.

Avec moins d’un millier de places à notre disposition, le président du Pays, Édouard Fritch, s’est même agacé ouvertement de cette situation abracadabrantesque. En outre, le ministre de la Santé s’est montré pour le moins réservé et en retrait, en considérant pour sa part : "On a le goût du risque (sic)." Les relations entre le Pays et l’État, malgré "l’union sacrée" qu’ils tentent d’afficher, ne semblent plus vraiment être au beau fixe et la cacophonie générale continue ! À l’image du couvre-feu infantilisant, qui n’a finalement pas fait… long feu en étant étouffé et balayé par un arrêté-liberté validé par le tribunal administratif, nos dirigeants auraient fort à faire de cesser de jouer la carte du paternalisme et raison garder. Aussi, ils devraient songer à prendre conseil auprès des experts et spécialistes avant d’imposer des contraintes injustes et injustifiées, comme, par exemple, nous interdire de sortir en bateau à plus de 2 milles des côtes, sans doute pour nous empêcher d’aller à Moorea, pendant que tout un chacun peut se rendre en ferry sur l’île Sœur et aller en villégiature. Aujourd’hui, bien au contraire, il faut impulser de véritables mesures et restaurer la confiance ! Grâce à des initiatives comme la convention "Fenua Pass" lancée par la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), l’enjeu est de relancer notre économie, à commencer par notre fer de lance, le tourisme, avant que la pirogue "Polynésie" ne sombre. Saurons-nous redresser la barre et tenir le cap ? L’avenir nous le dira, mais nous devons tous agir d’un seul homme pour rester à flot et réinventer des manières de naviguer dans ce nouveau monde qui déferle dans nos vies.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Vendredi 15 Mai 2020 - écrit par Dominique Schmitt


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Vendredi 7 Août 2020 - 09:48 "COVID-FREE" : ON SERRE LES FESSES !


Dominique Schmitt

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"COVID-FREE" : ON SERRE LES FESSES !

La croisière n’amuse vraiment plus ! Alors que la Polynésie a fait le pari de rouvrir notre destination au tourisme international, il aura fallu seulement deux semaines pour qu’un premier cas de Covid-19 soit détecté au fenua, à bord du Paul Gauguin. Avant que la compagnie maritime ne soit informée de la présence d’une croisiériste américaine contaminée et ne décide de rentrer au port de Papeete, le navire a fait escale à Bora Bora où les passagers ont participé à des activités de loisirs, ce qui corse l’affaire et rend impossible la traçabilité exacte des personnes mises en contact. Depuis le 15 juillet, à grand renfort de slogan "Covid-Free", le Pays a décidé d’ouvrir les écoutilles, sans soumettre les visiteurs à une "quarantaine", et l’on peut sérieusement s’interroger sur la pertinence de miser sur le tourisme de masse, et notamment les paquebots où l’on vit à huis clos, quand les pays et territoires voisins du Pacifique ont choisi, eux, de s’isoler et de protéger leurs populations.
Force est de constater que le dispositif mis en place a des failles, même si l’on persiste à nous faire croire le contraire. C’est pourquoi le Pays et l’État ont annoncé l’instauration d’une troisième "barrière" de contrôle, pour les croisiéristes uniquement : en plus du test de moins de 72 heures avant l’embarquement vers la Polynésie et de l’auto-test au quatrième jour (sans oublier la fiche de suivi du voyage sur la plateforme Etis pour les visiteurs extérieurs), toute personne souhaitant monter à bord d’un navire devra effectuer un examen supplémentaire le jour-même, qui sera pris en charge par le gouvernement. En revanche, ni le haut-commissaire ni le président de la Polynésie ne songent à imposer un confinement à l’arrivée des touristes internationaux avant le résultat de leur auto-test au quatrième jour, "sinon ils ne viendraient pas"… De même, un dépistage à plus grande échelle pour la population n’est pas à l’ordre du jour. "On n’en a pas besoin parce que le virus ne circule pas", considère ainsi Hervé Varet, directeur de l’Institut Louis Malardé.
Aujourd’hui, près de 15 000 emplois sont en effet menacés, essentiellement dans le secteur du tourisme, tandis que de plus en plus de fare tournent au café-pain-beurre. En outre, "le Pays n’a pas les moyens financiers nécessaires pour continuer à soutenir" le monde du travail "à moyen terme", a concédé Édouard Fritch, d’où l’emprunt de 28,6 milliards de Fcfp (la moitié de nos besoins financiers réels) à l’État français, amortissable sur vingt-cinq ans. Mais, pour pallier la crise économique, on n’a donc pas d’autre choix que de parier sur notre bonne étoile ? Serait-on en train de jouer à la roulette russe sous nos tropiques ? Surtout qu’un deuxième cas de coronavirus a été décelé, lundi soir, chez un personnel naviguant d’Air Tahiti Nui, à quelques jours de la rentrée scolaire… Les autorités essaient de nous rassurer, mais en réalité on croise tous les doigts et on serre les fesses ! Que faire d’autre ? Prier peut-être ?

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.
Dominique Schmitt

Dominique SCHMITT