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Nouvelle-Calédonie Les risques environnementaux de l’usine de Vale inquiètent


Vendredi 4 Décembre 2020 - écrit par Les Nouvelles Calédoniennes




Crédit photo : AFP
Crédit photo : AFP
À quelques jours de l’échéance, les opposants à la possible vente de l’usine de nickel du brésilien Vale en Nouvelle-Calédonie s’inquiètent des risques environnementaux posés par le site industriel et réclament une expertise internationale. “Nous réitérons notre priorité absolue de diligenter une mission d’experts internationaux pour évaluer de façon précise, avant le départ de Vale, le montant des garanties environnementales, largement sous-estimées”, ont déclaré dans un communiqué les membres du collectif “Usine du sud : usine pays” et l’ICAN (Instance coutumière de négociations autochtones), soutenus par les indépendantistes du FLNKS. Ils devaient officiellement formuler cette requête mardi, à l’occasion d’une table ronde organisée en visioconférence avec Sébastien Lecornu, ministre des Outre-mer, et les principaux dirigeants calédoniens ainsi que des responsables de Vale-NC.
Désireux de quitter le Caillou où il a perdu plusieurs milliards de dollars, le géant
brésilien Vale doit annoncer vendredi s’il vend ou pas son usine métallurgique de nickel, adossé au richissime gisement de Goro (sud), à un consortium calédonien et international, incluant Trafigura, trader en matières premières basé en Suisse. Partisans d’une offre concurrente avec Korea Zinc, qui a été écartée par Vale, les indépendantistes, les chefferies kanak, le Sénat coutumier mais aussi des syndicats et des associations écologistes sont vigoureusement opposés à cette opération et mettent en avant les risques environnementaux du complexe.
L’étanchéité et la stabilité d’un bassin contenant environ 30 millions de mètres cubes de résidus miniers humides, issus de l’usine qui utilise un procédé de lixiviation (méthode d’extraction par lavage et percolation, ndlr) à l’acide sulfurique, alimentent notamment leurs inquiétudes. Une tonne de minerai traité génère 1,2 tonne de résidus. Les opposants rappellent qu’en janvier 2019, la rupture d’un barrage sur une mine de fer de Vale à Brumadinho au Brésil a fait 270 morts et disparus et provoqué un désastre écologique. Ils redoutent qu’un tel scénario catastrophe puisse se produire dans cette zone du Grand sud calédonien, à la biodiversité exceptionnelle. “Quand le barrage sera plein fin 2023, il y aura 45 millions de mètres cubes de boues stockées, c’est deux fois plus qu’à Brumadinho”, a déclaré Maryline Sakilia, élue indépendantiste (UC-FLNKS) du Congrès et de la province Sud.

Eaux souterraines impactées

Le contrôle technique du site a été confié par la province Sud à la direction des mines (Dimenc), avec l’appui du Bureau d’études techniques et de contrôle des grands barrages (BETCGB). “Cela fait des semaines que je demande le dernier rapport en date sur l’état de l’ouvrage mais on ne me l’a toujours pas donné”, proteste Mme Sakilia, alors que le FLNKS s’interroge sur “les raisons du départ précipité de Vale”. La semaine dernière, le journal local Demain a révélé une analyse de la Dimenc, datant de novembre 2017, qui demandait des réponses sur “le risque de destructuration des éléments de fondation” du barrage.
L’étanchéité de la membrane géotechnique, qui tapisse le fond du barrage, est également en question. “Les eaux souterraines sous influence de l’aire de stockage des résidus de Vale-NC sont fortement impactées, avec des concentrations élevées en nombreux minéraux et métaux comme le nickel, le chrome ou le manganèse”, avait conclu l’Observatoire de l’environnement (Oeil), dans son bilan annuel de 2018. Assurant qu’il “n’a rien à cacher”, Antonin Beurrier, président de Vale-NC, réfute catégoriquement les soupçons sur la sûreté du site industriel et rappelle qu’il est soumis à “des contrôles et des mesures réguliers sous la surveillance des autorités techniques et administratives de Nouvelle-Calédonie”.
Il souligne en outre que Vale laisse 500 millions de dollars au repreneur pour construire une installation de stockage des résidus à sec, innovante et sécurisante, qui prendra la suite du barrage actuel. L’offre de reprise en partenariat avec Trafigura inclut par ailleurs un doublement des garanties environnementales (134 millions d’euros) et la souscription d’une assurance privée pour les risques industriels à hauteur de 335 millions d’euros, a aussi insisté M. Beurrier.

Source : Agence France-Presse

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La mémoire des essais nucléaires au risque d’Alzheimer…

Après la publication de notre dossier consacré à une arnaque au tapa “made in Thailand” envahissant le marché polynésien (lire TPM n° 445 du 18 décembre 2020), qui a suscité l’indignation dans le monde de la culture, le soutien du Pays affiché aux artisans quelques jours plus tard devant les médias étonne pour ne pas dire détone… En effet, le gouvernement a laissé filer un trafic de “faux tapa” qui inonde depuis une vingtaine d’années les curios, les musées et même aujourd’hui certains hôtels de luxe, mais il n’hésite pas à s’afficher fièrement en grand défenseur des artisans pour une opération lancée dans les magasins Carrefour et Champion pour les fêtes de fin d’année. Cherchez l’erreur…

Autre actualité qui nous fait dresser les poils, au rayon des archives militaires cette fois : l’historien Jean-Marc Regnault nous alerte sur la récente complexification de l’accès des documents dont la communication porte atteinte au secret de la défense nationale. Alors que la loi du 15 juillet 2008 relative aux archives, inscrite dans le code du patrimoine, prévoyait un délai de cinquante ans pour autoriser leur consultation, une révision des dispositions en 2011 a précisé que tout document portant un marquage “Secret Défense”, dit “classifié au titre du secret de la défense nationale”, devait être déclassifié par l’autorité compétente avant communication… Eh bien figurez-vous que la situation s’est aggravée depuis 2020 en raison d’une interprétation de plus en plus restrictive de cette instruction interministérielle, qui a entraîné le blocage de nombreux fonds aux Archives nationales, aux Archives du Centre d’histoire de Sciences Po à Paris, comme aux archives de la Défense. En clair, cela signifie que des documents qui étaient librement communicables et communiqués, des documents qui avaient été publiés dans de nombreux livres d’Histoire, sont désormais… inaccessibles ! C’est l’objet de notre dossier de Une pour ce premier numéro de l’année (lire pages 14 à 16). Pourquoi l’État poursuit-il sa politique de l’autruche et fait tout pour cacher la vérité historique ? Y aurait-il tant de secrets inavoués et inavouables ? La reconnaissance du fait nucléaire serait-elle un perpétuel combat ? D’ailleurs, y aura-t-il jamais un Centre de mémoire des essais en Polynésie ? La question est posée.

Enfin, parce que nous aimons aussi vous faire vous évader, retrouvez notre portrait haut en couleur de Titouan Lamazou (lire pages 18 à 25). Artiste talentueux et navigateur insatiable, celui qui a été piqué au tiare il y a plus de quarante ans déjà a décidé de poser l’encre et les pinceaux au fenua. Découvrez un homme d’exception, qui confie avoir une “empathie sociale congénitale”, mais également un peintre de génie, qui a eu à cœur de créer une gamme de produits dérivés de ses œuvres privilégiant une coopération locale avec l’ambition d’une production 100% “made in Tahiti. Un bel exemple d’énergie positive, dont nous devrions nous inspirer. Toute la rédaction de Tahiti Pacifique vous souhaite, chers lecteurs, une excellente année et vous adresse ses meilleurs vœux pour 2021.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT