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"Route du Sud" : plus de 500 riverains menacés d’expropriation


Jeudi 17 Octobre 2019 - écrit par Dominique Schmitt


Édouard Fricth a annoncé être déterminé à construire la “Route du Sud”, une quatre-voies reliant la vallée de la Punaruu à Taravao, afin de désengorger la ville de Papeete. Tel un serpent de mer, ce projet, lancé par Gaston Flosse et récupéré par les gouvernements successifs, se heurte toujours, presque vingt ans après, au “non” massif des propriétaires qui se trouvent sur son tracé. Sommes-nous assurés de l’efficacité d’une opération qui coûtera 140 milliards de Fcfp à la collectivité ? Afin d’éviter un massacre environnemental et culturel, ainsi que l’expropriation de plus de 500 riverains, le Pays a-t-il suffisamment étudié les alternatives existantes ? Enquête…



En mal de projets et à défaut, pour l'heure, de Village tahitien à Papeete ou de ferme aquacole à Hao, le Pays vient de relancer le projet “Te Ara Nui”, rebaptisé “Route du Sud”. Une annonce gouvernementale qui, de surcroît, est une reprise de sa communication sur le sujet datant d’avril 2016… D’autant que cette idée de réaliser 2 x 2 voies rapides reliant Punaauia à Taravao dans la continuité de la RDO et de la Route des plaines, afin de désengorger la capitale, n’est pas récente. Elle a été initiée par Gaston Flosse au début des années 2000, en vain. Oscar Temaru l’a ensuite ressorti de terre pour finalement l’enterrer aussi en 2004, face à l’opposition de certains habitants de Punaauia. Et Gaston Flosse l’a de nouveau ressuscitée en 2013, avec le souhait de la faire construire par des investisseurs chinois. Puis le gouvernement Fritch l’a de nouveau rangée dans les cartons en 2014, avant donc de la ressortir.

Si l’objectif est également de favoriser le développement des activités économiques hors de l’agglomération de Papeete, le projet est loin de faire l’unanimité. De 2003 à 2005, le Pays a acquis des terrains pour un montant total de 1,7 milliard de Fcfp environ. D’ailleurs, malgré la vente de leurs parcelles au territoire, des familles sont revenues entre-temps sur leurs terres ! Une quarantaine de dossiers seraient en attente de traitement… Entre expropriations et arrangements “à l’amiable”, pas moins de
500 maisons étaient déjà touchées par le projet initial. L’association Aitaranui avait alors recueilli 8 000 signatures contre le projet et l’Union pour la démocratie (UPLD, une coalition de partis politiques, créée en 2004 et regroupant à l’origine les formations indépendantistes et autonomistes) fait de l’annulation du projet l’un des arguments forts de sa campagne électorale...

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Centre de mémoire : on se souviendra surtout de l’ingratitude de la France envers la Polynésie…

Centre de mémoire : on se souviendra surtout de l’ingratitude de la France envers la Polynésie…
Jusqu’au bout ! Jusqu’au bout, la France a du mal à faire preuve de reconnaissance envers le peuple polynésien qui s’est vu imposer, faut-il le rappeler, 193 essais nucléaires sur ses terres et dans ses eaux entre 1966 et 1996. Ainsi, la Polynésie, dite "française" justement, a été durablement marquée par son Histoire douloureuse. Mais, on ne peut que le constater, l’État français souffle encore le chaud et le froid, et peine à panser les plaies de la population locale, qui aspire pourtant à tourner définitivement la page du nucléaire… Déjà, la modification de la loi Morin, réalisée discrètement en fin d’année dernière, reste en travers de beaucoup de gorges, en raison de la réintégration d’un "seuil minimum". Pour rappel, l’indemnisation des victimes ayant séjourné en Polynésie entre le 2 juillet 1966 et le 31 décembre 1998 n’est donc plus possible, dès lors que le Comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires (Civen) a établi que la dose annuelle de rayonnements ionisants reçue est inférieure à un millisievert (mSv). Et aujourd’hui, alors que le gouvernement local et l’État français ont commencé à se pencher enfin sur la question d’un Centre de mémoire, on tombe des nues en apprenant qu’en réalité, ce sera au Pays de financer sa construction !

D’un côté, on donne un terrain à la Polynésie et, de l’autre, on lui signifie de se débrouiller pour faire naître ce lieu de mémoire : cette attitude ingrate laisse pantois. D’ailleurs, ce manque de reconnaissance inouï a été dénoncé par la députée Maina Sage, qui a qualifié ce positionnement de "vraiment indécent". La ministre des Outre-mer, Annick Girardin, a tenté d’arrondir les angles en évoquant "d’autres lignes budgétaires" possibles et s’est retranchée derrière la visite du Président français en avril 2020, affirmant que "l’État sera au rendez-vous". Cependant, et c’est la cerise sur le gâteau, n’oublions pas que le futur "Centre de mémoire des essais nucléaires en Polynésie française" (Pu Mahara en tahitien), qui sera situé dans l’ancien immeuble de la Marine, boulevard de la Reine Pomare, contient de l’amiante et du plomb ! Cette rétrocession est donc l’un des cadeaux empoisonnés, dans le cadre des Contrats de redynamisation des sites de défense (CRSD), que nous pointions du doigt dans notre édition du 23 août dernier (lire TPM n° 414) et qui vont nécessiter une dépollution à hauteur de 1 milliard de Fcfp pour les rendre aménageables…

En outre, et nous vous l’annoncions aussi en avant-première, les archives de la série 13R relatives au Centre d’expérimentation du Pacifique ne sont plus communicables depuis la loi 2008-696 du
15 juillet 2008 (lire TPM n° 418 du 18 octobre). Un grand recul de l’État français, dont on ne comprend pas le comportement ambigu envers la Polynésie française, alors qu’il prône "le dialogue et la transparence". L’association 193, qui s’est retirée du projet, s’insurge : "Mais, quel type de menu est-ce que ce Comité de pilotage essaye de concocter en vue de l’arrivée de Macron ?" On attend le Président français avec grande impatience, en espérant qu’il fasse une annonce concrète lors de sa venue et que l’État français arrête de faire avaler des couleuvres aux Polynésiens. Ce temps-là est révolu.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt