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Sur le “Caillou”, la stratégie zéro Covid pose question


Vendredi 2 Juillet 2021 - écrit par Agence France-Presse




Crédit photo : Greg. Boissy
Crédit photo : Greg. Boissy
Exempte de Covid-19 grâce à un strict contrôle de ses frontières, la Nouvelle-Calédonie pourrait assouplir sa stratégie “avec une extrême vigilance” face aux difficultés économiques et juridiques que pose désormais cette mise sous cloche.
C’est vrai que les gens commencent à s’impatienter (...) mais j’ai le sentiment qu’avec ce fameux variant Delta nous devons être extrêmement vigilants”, a mis en garde lundi sur la radio RRB Thierry Santa, président du gouvernement local. 
À quelque 18 000 kilomètres de la Métropole, la Nouvelle-Calédonie est un des rares territoires de la planète à avoir échappé à la pandémie de Covid-19 : zéro décès, 129 cas en quasi-totalité détectés en quatorzaine et à l’exception des deux confinements, en mars 2020 et mars 2021, les 270 000 habitants n’ont jamais cessé de se faire la bise ou d’aller au restaurant.
Pour se protéger, l’archipel très autonome a drastiquement réduit sa desserte aérienne (un vol passager hebdomadaire Paris-Nouméa) et a imposé à tout arrivant, qui doit justifier d’un motif impérieux, une quatorzaine en hôtel, nécessitant un test PCR négatif pour en sortir.
Fin avril, ce sas a été assoupli à une septaine, uniquement pour les personnes vaccinées avec Moderna ou Pfizer/BioNtech et sous réserve à l’issue de cet isolement d’un test PCR négatif et d’une sérologie (prise de sang) positive aux anticorps du Covid.
Pour financer ce coûteux protocole, l’État vient d’accorder une aide de 82 millions d’euros à la Nouvelle-Calédonie, dont les finances publiques sont exsangues. Alors que les restrictions s’allègent en Métropole, en dépit des inquiétudes liées au variant Delta, de plus en plus de voix s’élèvent dans l’archipel pour réclamer un desserrement de l’étau.

“Au bout de l’exercice”

Président de la commission médicale d’établissement de l’hôpital territorial, Thierry de Greslan a averti que “18 à 20% des médecins envisageaient de quitter définitivement le territoire”, en raison de la fermeture des frontières qui génère des “situations personnelles compliquées”.
En cardiologie, depuis un an, nous n’avons plus que 9 médecins sur 12. Parmi eux, cinq vont partir d’ici la fin de l’année. Or, nous assurons l’ensemble des urgences cardiologiques du territoire, avec un infarctus par jour”, a-t-il déclaré, jugeant la situation “alarmante”. Plusieurs autres services sont menacés.
Les acteurs économiques, dont l’activité pâtit de l’impossibilité de faire venir techniciens ou formateurs de l’extérieur, sont du même avis.
“On ne dit pas qu’il faut rouvrir les frontières demain, mais les autorités doivent dire dans quelles conditions elles vont rouvrir. Nous sommes au bout de l’exercice”, a expliqué Xavier Benoist, président de la Fédération des industries de Nouvelle-Calédonie.
Sur le plan légal, le dispositif risque en outre de ne plus tenir à partir du 30 septembre, date de la levée de l’état d’urgence sanitaire national.
On était déjà limite en ne laissant pas aux arrivants le choix du lieu de la quarantaine, mais quand l’état d’urgence sera levé, il n’y aura plus de base constitutionnelle à cette stratégie”, a confié un avocat.

Prudence

Selon plusieurs experts calédoniens, la situation met en lumière les revers de la stratégie “zéro Covid”, qui a créé des bulles, extrêmement difficiles à rouvrir, faute notamment de couverture vaccinale.
Nous ne pourrons pas rester éternellement en dehors du monde et le seul moyen est que les gens se vaccinent. À chacun de prendre sa responsabilité”, a une nouvelle fois exhorté Thierry Santa, alors que les initiatives se multiplient pour inciter à la vaccination. 
Environ 22% de la population est actuellement vaccinée. 
Le chef de l’exécutif, qui pourrait annoncer dans la semaine une réduction de la septaine, espère “atteindre une immunité collective fin 2021 et une ouverture des frontières début 2022”.  
Il entend toutefois conserver la prudence comme ligne de conduite. D’une part, parce que M. Santa (droite non indépendantiste) est depuis le 17 février à la tête d’un gouvernement qui n’est pas de plein exercice, en raison de l’incapacité de la nouvelle équipe élue, à majorité indépendantiste, à désigner un président.
Et parce que la tenue le 12 décembre du troisième et dernier référendum sur l’indépendance du territoire comporte suffisamment de risques politiques pour ne pas y ajouter un péril sanitaire. 

Source : Agence France-Presse

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Comment sera accueilli Emmanuel Macron au fenua ?

Après avoir reçu une gifle par un jeune habitant de la Drôme au cri d’un slogan royaliste “Montjoie ! Saint-Denis !” et “À bas la Macronie”, comment sera accueilli Emmanuel Macron au fenua ? Que lui réservent les Polynésiens lors de sa venue probable du 25 au 28 juillet : un collier de fleurs ou le balai nī’au ? Toutes les associations de défense des victimes des essais nucléaires (hormis l’association Tamarii Moruroa), ainsi que l’Église protestante mā’ohi ont refusé de participer à la Table ronde organisée les 1er et 2 juillet, à Paris. En outre, des manifestations d’envergure sont prévues à Tahiti, les 2 et 17 juillet, respectivement aux dates anniversaires des tirs atomiques en 1966 et 1974. Le récent passage de “Sébaston”, ministre des “colonies françaises” (euh… des Outre-mer), censé préparer le terrain pour le Président, n’aura pas vraiment réussi à calmer les esprits. Aussi, il se murmure dans les couloirs de Radio cocotier que “Manu 1er” aurait demandé à notre champion Henri Burns de l’initier à la boxe…

À l’heure où nous mettions sous presse, nous ne connaissions pas encore les conclusions de cette Table ronde de “haut niveau”. Nous espérons tous que les discussions ne tourneront pas en rond et que la délégation polynésienne emmenée par “Doudou” saura aller droit au but. Éprise de “vérité et justice”, Moruroa e tatou a regretté que la proposition de loi du député Moetai Brotherson “Prise en charge et réparation des conséquences des essais nucléaires français” ait été rejetée, lors de son examen à l’Assemblée par la majorité présidentielle. “Vous vous rendez compte, seuls 80 députés présents sur 577 que compte l’Assemblée nationale ont voté. C’est une insulte à ce pays. C’est une insulte à ce peuple qui a souffert, à ceux qui nous ont précédés et à ceux qui vont nous succéder”, a considéré Hirohiti Tefaarere, le président de l’association. Tout cela n’est pas de très bon augure, mais rien n’est encore fait, et le séjour du chef de l’État pourrait réserver son lot de surprises et d’annonces.

Macron sera le sixième président de la République française en visite en Polynésie (voir notre rétrospective pages 16 à 27). Lorsque François Hollande était venu en 2016, notre rédaction l’avait interpellé sur notre titre de couverture : “Elles sont où vos promesses, M. Hollande ?”. S’il avait fait part de sa “reconnaissance” et s’était engagé à des “réparations”, force est de constater que très peu de Polynésiens ont obtenu des indemnisations. Aujourd’hui, c’est un grand Pardon de Peretiteni qu’attend la population et, bien sûr, des actes concrets plutôt que des paroles en l’air. Si l’illustre poète polynésien Henri Hiro était encore parmi nous, il n’aurait pas manqué de l’interpeller avec ces mots : “Si tu étais venu chez nous, nous t’aurions accueilli à bras ouverts. Mais tu es venu ici chez toi, et on ne sait comment t’accueillir chez toi”… Alors, “Manu 1er” saura-t-il redescendre de son trône et écouter les Polynésiens pour mieux les comprendre, et enfin les entendre ? Nous l’espérons tous de tout cœur. En attendant, Tahiti Pacifique profite du mois de juillet pour faire sa trêve annuelle : rendez-vous donc en août !

Dominique SCHMITT