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Une meilleure éducation pour une plus grande Justice



Crédit photo : Présidence
Crédit photo : Présidence
L’arrivée de Nicole Belloubet, la ministre de la Justice du gouvernement central, a marqué l’actualité des derniers jours. On imagine combien la garde des Sceaux a pu être gênée de devoir embrasser un président de la Polynésie tout sourire, mais fraîchement condamné pour “détournements de fonds publics”. Une situation plutôt cocasse, voire burlesque ! Aussi, à peine avait-elle foulé le sol du fenua que la ministre de la Justice assurait qu’elle n’avait pas donné de consigne au parquet pour poursuivre Oscar Temaru dans l’affaire Radio Tefana. Elle a ainsi affirmé, au micro de Radio 1 : “Je n’interviens jamais sur des affaires individuelles, c’est un principe. D’ailleurs, ce ne serait même pas envisageable autrement, ce n’est pas du tout quelque chose qui est imaginable. L’indépendance de la justice est une réalité. J’interviens auprès des procureurs pour donner des directions de politique générale : lutte contre les trafics de stupéfiants, contre les violences faites aux femmes, contre la criminalité organisée… mais jamais, jamais, dans des situations individuelles.” Nous voilà donc rassurés, car si elle avait dû se pencher sur tous les cas particuliers des politiques locaux inquiétés par la justice, il lui en aurait coûté bien plus que cinq jours de présence sur le territoire…
Lors de son passage protocolaire, dont l’objectif était, selon nos confrères de Tahiti Infos, de rencontrer “l’ensemble des magistrats, des personnels pénitentiaires, pour voir comment fonctionne le service public de la justice en Polynésie française”, Nicole Belloubet s’est rendue notamment aux Marquises, où elle a visité la prison de Taiohae et la section détachée de Nuku Hiva, avant d’aller à la rencontre des détenus de Tatutu et Nuutania. Elle a donc pu le constater par elle-même : si le centre pénitentiaire de Papeari est l’un des plus modernes de France, que dire de celui de Faa’a, dont le taux d’occupation dépasse 150 % ? Une telle surpopulation carcérale est indigne sur le plan humain, d’autant que la densité des prisonniers présents dans l’établissement a atteint 327,8 % au quartier maison d’arrêt et 215,3 % au quartier centre de détention en mai 2016 ! Afin de lutter également contre la vétusté des lieux, des travaux de rénovation ont enfin démarré, mais avec une lenteur indécente. Fort heureusement, l’État français a commencé en 2011 à indemniser plusieurs centaines de détenus et anciens détenus pour des conditions de détention “inhumaines ou dégradantes”. En outre, Mme Belloubet s’est engagée à construire, d’ici quatre à cinq ans, la cité judiciaire prévue sur le site de Vaiami et vouée à accueillir le Service pénitentiaire d’insertion et de probation (Spip) et la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), et ce pour “desserrer la cour d’appel”. De son côté, M. Fritch a sauté sur l’occasion pour l’interpeller sur “une certaine urgence” à créer “un centre fermé pour jeunes délinquants”.
On gardera en mémoire cette image insolite des prisonniers de Tatutu offrant une rame sculptée à Madame la ministre. Mais ne l’oublions pas, “les galères font les galériens”, comme l’écrivait Victor Hugo dans Les Misérables. Une phrase à laquelle fait écho ce fait divers : ce père trentenaire avec deux enfants à sa charge, qui a volé l’année dernière 40 kilos de viande et nourri les SDF de Papeete. Ayant grandi auprès de parents alcooliques, cumulant une vingtaine de condamnations et ne sachant ni lire ni écrire, il est pourtant désireux d’une insertion professionnelle. Deux siècles plus tôt, Hugo suggérait déjà l’idée de remplacer la solde des bourreaux et gardiens de prison pour payer plus de maîtres d’école : l’éducation comme véritable remède au vice qui gangrène la société. Une évidence encore peu mise en pratique vu l’état déplorable de nos prisons et de nos écoles. Prévenir plutôt que guérir, éduquer plutôt que châtier. Tahiti Pacifique en est convaincu. C’est pourquoi nous avons à cœur de porter les voix des nouvelles générations avec notre nouvelle rubrique mensuelle “#Parole d’étudiant”. Vous le verrez, dans cette tribune, les jeunes ont, eux aussi, leurs pressions quotidiennes, et de bonnes idées pour agir et faire bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Jeudi 25 Juillet 2019 - écrit par Dominique Schmitt


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Jeudi 11 Juillet 2019 - 19:00 Confiture et déconfitures…


Dominique Schmitt

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Équipement du Pays : mépris de l’environnement, gabegie et incompétence…

Équipement du Pays : mépris de l’environnement, gabegie et incompétence…
Le Pays vient encore d’être pris la main dans le sac. Une enquête pour “terrassement illégal et rejet de matières polluantes” a été en effet ouverte par le parquet, après la construction du remblai de 18 hectares sur le lagon ceinturant l’ex-hôtel Maeva Beach, à Outumaoro, ont révélé nos confrères de La Dépêche de Tahiti. Une information judiciaire a ainsi été engagée suite au dépôt, entre 2013 et 2015, de 110 000 mètres cubes de terre et matériaux sur le site de développement touristique dit “Mahana Beach”, laissant craindre plusieurs risques environnementaux, à terre et en mer. Le fait que ces opérations, menées par l’ancien puis l’actuel présidents de la Polynésie française, Gaston Flosse et Édouard Fritch, aient été réalisées dans le plus grand mépris du Code de l’urbanisme et du Code de l’environnement jette l’opprobre, une fois de plus, sur le gouvernement local… Un scandale politico-environnemental qui rappelle amèrement l’affaire des bonbonnes toxiques immergées à bord du Kura Ora II, en début d’année, où trois responsables de services du Pays seraient impliqués. Une aberration d’autant plus révoltante que le 30e Congrès des communes qui vient de se tenir aux Gambier était placé sous le thème “Nos liens à l’environnement”. L’objectif étant de “sensibiliser l’élu communal et chaque participant, en tant qu’individu, être humain et citoyen, sur ses habitudes et les conséquences de ses actes sur son cadre de vie”. Cerise sur ce gâteau de très mauvais goût, 180 élus communaux venus des quatre coins de la Polynésie se sont réunis à Rikitea, située à… 1 643 kilomètres de Papeete ! Un choix peu judicieux, sur le plan financier certes, mais surtout écologique.
De son côté, on notera que le CESC est devenu le CESEC, le Conseil économique, social, environnemental et culturel de la Polynésie française (prononcer “cézék”), et s’est engagé à intégrer les préoccupations de développement durable dans l’ensemble de ses avis présentés au gouvernement. Non seulement, les grands travaux conduits par le Pays ne respectent pas l’environnement, mais ils sont aussi, souvent, la source d’une gabegie effarante. Pour exemple, l’installation de feux tricolores à Mahina pour la modique somme de 40 millions de Fcfp, qui n’ont pas fonctionné pendant plus d’un an ni réglé le problème de la circulation. On pense également à l’inutile passerelle Taina, construite à Punaauia, qui a coûté 152 millions de Fcfp alors qu’elle est à peine empruntée. Que dire en outre de l’aménagement du front de mer de Papeete prévu par le ministère de l’Équipement, alors que la première tranche a été inaugurée il y a un an déjà ? On nous explique qu’après avoir détruit le carrefour du Pacifique pour empêcher les usagers de la route de tourner à gauche sur l’avenue Prince Hinoi, on va désormais démolir le terre-plein central afin de réaménager le carrefour à feux à la sortie de la gare maritime, pour pouvoir tourner à gauche vers le giratoire de la base marine.
Selon la formule consacrée, le ministre ad hoc remercie à chaque fois par avance la population de sa “compréhension pour les désagréments occasionnés par ces travaux”. On le conçoit bien, soit, mais pas lorsque ceux-ci se font au détriment du développement durable ou sans aucune logique économique. On construit, on déconstruit, puis on reconstruit au même endroit… Gaspillage à tous les étages ! Pendant ce temps, la fermeture du viaduc de la Punaruu a créé d’énormes bouchons sur la côte ouest, un projet de trois lotissements à Moorea suscite l’indignation des riverains et la troisième voie à Punaauia n’est toujours pas terminée deux ans après le démarrage du chantier (évalué à 574 millions de Fcfp). Cette incompétence latente, mise en exergue par plusieurs rapports de la Chambre territoriale des comptes visant différents services du Pays, porte à nous interroger sur la bonne gestion de nos deniers, qui pourraient servir à d’autres causes. Car, en attendant, Théodore Tehau, SDF de 48 ans, est la sixième personne en grande précarité et à la rue qui est décédée cette année, comme l’a rappelé Père Christophe. D’ailleurs, sachez que le vicaire de la cathédrale de Papeete n’a reçu, pour l’heure, qu’un peu plus de 6 millions sur les 150 millions de Fcfp nécessaires à la création d’un nouveau centre d’accueil Te Vai-ete. Et puis, la Faucheuse a déjà tué 24 personnes sur nos routes en 2019. Si on y réfléchit bien, il y a moyen de trouver des investissements plus concrets, c’est sûr.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.
Dominique Schmitt

Dominique Schmitt