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Vers une nouvelle stratégie et géopolitique du Pacifique


Vendredi 26 Janvier 2018 - écrit par Boris Alexandre Spasov


Les politiciens sont les mêmes partout. Ils promettent de construire un pont même là où il n’y a pas de fleuve." Nikita Khrouchtchev

La Russie



crédit photo : DR
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L'extrême orient de la Russie est une terre "sauvage"qui se transforme à la rencontre du Pacifique. Ses côtes, d’Anadyr à Vladivostok, nous offrent des paysages extraordinaires ou peu d’hommes se sont aventurés. Pourtant, un aventurier français est honoré dans cette région où l’on a érigé une stèle en sa mémoire au nord de Terneï : La Pérouse.
Dans la région Sud, un fleuve frontalier avec la Chine vient se mélanger aux eaux salées du Pacifique. C’est le fleuve Amour, tout un symbole dans cette contrée aux confins de la Russie, qui est reliée par le Transsibérien, le plus long chemin de fer du monde (9 290 km).
Vladivostok, sa capitale, compte environ 650 000 habitants, avec quelques villages parsemés sur la côte Pacifique ; et cette région demeure pour le Kremlin un lieu hautement stratégique. Face au Japon, à quelques encablures des deux Corée et frontalier avec la Chine, la côte Est de la Russie est l’une des priorités stratégiques pour le Kremlin afin d’échapper à l’isolement voulu par l’Otan à l’Ouest. Les infrastructures de la flotte russe du Pacifique ne cessent de s’agrandir tout comme son armement.
Pour comprendre ce qui se passe dans la zone Pacifique russe, il faut d’abord comprendre ce qui se passe à l’Ouest et la capacité de régénération de ce pays. L’âme slave, où passion et esprit de jeux sont deux composantes, a quelque chose d’incompréhensible et de mystérieux pour les esprits occidentaux.

Un environnement hostile à l’Ouest et instable au Sud

Dans l’histoire contemporaine, après la chute du mur, voilà qu’un immense système, que l’on disait la deuxième puissance mondiale, se fissure et explose d’une façon pacifique. Sans guerre mondiale. Je vous renvoie aux articles de presse de cette époque ou experts et spécialistes prédisaient le pire des scénarios. Reportages à la télévision et débats d’experts que l’on a pu suivre prédisaient alors la désintégration de l’empire soviétique, le marché parallèle dit marché noir dépassait alors les volumes étatiques.
Gorbatchev a su alors légaliser une partie des marchés parallèles, se désengageant de certains pays, tout en réorganisant l’économie russe ainsi que sa stratégie militaire. Parallèlement, le pays a accentué son indépendance énergétique et développé ses exportations, qui vont des céréales aux armes vendues dans le monde entier. Mais c’est sur le plan des nouvelles technologies que la Russie surprend, comme dans le secteur de l’armement, où elle dépasse les technologies américaines notamment sur les contre-mesures et les détections.
Géographiquement et stratégiquement, nous allons maintenant prendre de la hauteur d’Ouest en Est : Norvège, Finlande, pays baltes, Pologne, Roumanie, Hongrie, Bulgarie et, par extension, la Turquie. On observe un arc de cercle dans lequel sont positionnées des bases américaines dites de l’OTAN, où les soldats sont dotés d’armements sophistiqués et pas moins de 200 bombes et missiles nucléaires. Actuellement, on renforce considérablement en effectif et en armes les pays scandinaves aux frontières russes (AFP).
La partie sud comprenant Turquie, Irak, Iran, Syrie, Afghanistan et Pakistan est plongée dans une instabilité politique et sociale entretenue par les Occidentaux. La chance ou la malchance de ces pays est d’être au-dessus et en possession de gisements d’énergie fossile. Parfois, l’emplacement stratégique de ces pays est un carrefour pour la distribution de ces énergies, c’est le cas de la Syrie. D’où l’instabilité du côté Sud, d’autant plus que sur le flan Est de cette région se situe le Pakistan et l’Inde, deux puissances nucléaires. Lorsqu’on voit l’amour que ces deux pays se portent ; la dissuasion nucléaire paraît bien éphémère.
Au regard de cette situation et selon le professeur Illios Yannakakis (CNRS), les stratégies employées par l’OTAN ne peuvent que mettre la Russie en position défensive, voire pire, et se désenclaver par le haut, c'est-à-dire par les progrès technologiques, comme c’est malheureusement le cas avec l’exemple de "Satan 2", missile intercontinentale appelé aussi le RS-28 Sarmat. Il est furtif, indétectable, il peut tromper les systèmes radars, d’une portée de 10 000 km, équipé de dix à quinze ogives nucléaires et capable, selon certains experts, de vitrifier tout simplement un pays comme la France ou un État comme le Texas. Les rapports de force de différents pays sont actuellement en pleine évolution.

Des visées économiques et politiques dans le Pacifique

Depuis l’embargo voulu par les États-Unis, la Russie est contrainte de regarder désormais vers le Pacifique et l’Asie, qui sont devenus ses principaux marchés d’exportation, parce que plus fiables. Les sanctions décrétées par les États-Unis, suivis par l’Europe, ont principalement sanctionné cette dernière en ce qui concerne les échanges. Comme à l’accoutumée, les technocrates de Bruxelles ne l’ont pas vu arriver. Je vous fais grâce des deux navires de guerre qui devaient être livrés à la Russie par la France, transaction annulée qui a coûté fort cher aux contribuables français…
La Russie a dorénavant d’autres partenaires dans l’Asie-Pacifique et se lance avec la Chine dans la conception de nouveaux projets. La Russie est aussi l’un des plus grands producteurs de pétrole au monde et, dans un cadre de diversification, elle devient un acteur de premier ordre dans le Pacifique. Les Russes ont construit un immense oléoduc qui arrive à Kozmino (Pacifique). Il est donc inévitable que la stratégie russe vienne se heurter à la stratégie de l’aigle à une tête : les États-Unis.
D’autre part, il existe toujours le contentieux des îles Kouriles, dont la revendication pèse toujours sur les relations russo-japonaises (revue Outre-Terre, par Sophie Hou).
Le Japon, qui abrite les plus grandes bases militaires américaines dans le Pacifique, vient d’approuver la décision de déployer des complexes de défense antimissiles du type "Aegis-Ashore". Moscou considère
ce déploiement comme une violation claire des accords internationaux. Vladimir Poutine, dans un discours de novembre 2017, a appelé de ses vœux à ce que l’industrie russe participe à l’effort de "guerre" en ces temps difficiles.
Le moins que l’on puisse dire est que d’Ouest en Est, la Russie montre des signes d’impatience sur les pressions de toutes parts à ses frontières. L’alliance avec la Chine devient ainsi indispensable pour ses ambitions sur la région Pacifique. Et les vives tensions entre les États-Unis d’Amérique et la Corée du Nord sont du pain béni pour les Russes qui, comme les Chinois, y voient un paravent pour éviter des tensions plus directes avec les Américains.
Naturellement, la Russie recentre ses activités militaires dans le Pacifique dont les enjeux stratégiques sont capitaux, surtout dans le cadre d’exportation et distribution du pétrole. L’océan Pacifique est une porte grande ouverte dans bien des domaines pour les intérêts russes, au point qu’en aucun cas la Russie ne laissera le droit à d’autres pays de contrôler cette région. Espérons que l’irréparable ne s’y produise pas.


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"COVID-FREE" : ON SERRE LES FESSES !

La croisière n’amuse vraiment plus ! Alors que la Polynésie a fait le pari de rouvrir notre destination au tourisme international, il aura fallu seulement deux semaines pour qu’un premier cas de Covid-19 soit détecté au fenua, à bord du Paul Gauguin. Avant que la compagnie maritime ne soit informée de la présence d’une croisiériste américaine contaminée et ne décide de rentrer au port de Papeete, le navire a fait escale à Bora Bora où les passagers ont participé à des activités de loisirs, ce qui corse l’affaire et rend impossible la traçabilité exacte des personnes mises en contact. Depuis le 15 juillet, à grand renfort de slogan "Covid-Free", le Pays a décidé d’ouvrir les écoutilles, sans soumettre les visiteurs à une "quarantaine", et l’on peut sérieusement s’interroger sur la pertinence de miser sur le tourisme de masse, et notamment les paquebots où l’on vit à huis clos, quand les pays et territoires voisins du Pacifique ont choisi, eux, de s’isoler et de protéger leurs populations.
Force est de constater que le dispositif mis en place a des failles, même si l’on persiste à nous faire croire le contraire. C’est pourquoi le Pays et l’État ont annoncé l’instauration d’une troisième "barrière" de contrôle, pour les croisiéristes uniquement : en plus du test de moins de 72 heures avant l’embarquement vers la Polynésie et de l’auto-test au quatrième jour (sans oublier la fiche de suivi du voyage sur la plateforme Etis pour les visiteurs extérieurs), toute personne souhaitant monter à bord d’un navire devra effectuer un examen supplémentaire le jour-même, qui sera pris en charge par le gouvernement. En revanche, ni le haut-commissaire ni le président de la Polynésie ne songent à imposer un confinement à l’arrivée des touristes internationaux avant le résultat de leur auto-test au quatrième jour, "sinon ils ne viendraient pas"… De même, un dépistage à plus grande échelle pour la population n’est pas à l’ordre du jour. "On n’en a pas besoin parce que le virus ne circule pas", considère ainsi Hervé Varet, directeur de l’Institut Louis Malardé.
Aujourd’hui, près de 15 000 emplois sont en effet menacés, essentiellement dans le secteur du tourisme, tandis que de plus en plus de fare tournent au café-pain-beurre. En outre, "le Pays n’a pas les moyens financiers nécessaires pour continuer à soutenir" le monde du travail "à moyen terme", a concédé Édouard Fritch, d’où l’emprunt de 28,6 milliards de Fcfp (la moitié de nos besoins financiers réels) à l’État français, amortissable sur vingt-cinq ans. Mais, pour pallier la crise économique, on n’a donc pas d’autre choix que de parier sur notre bonne étoile ? Serait-on en train de jouer à la roulette russe sous nos tropiques ? Surtout qu’un deuxième cas de coronavirus a été décelé, lundi soir, chez un personnel naviguant d’Air Tahiti Nui, à quelques jours de la rentrée scolaire… Les autorités essaient de nous rassurer, mais en réalité on croise tous les doigts et on serre les fesses ! Que faire d’autre ? Prier peut-être ?

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.
Dominique Schmitt

Dominique SCHMITT