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Courrier des lecteurs : La vague Montessori ou la déliquescence de notre Éducation nationale…


Vendredi 13 Septembre 2019




Courrier des lecteurs : La vague Montessori ou la déliquescence de notre Éducation nationale…
''Tahiti Pacifique, dans son numéro 414 (TPM du 23 août), publie à la Une un très intéressant article signé Mihivai, sur l’éclosion des écoles privées hors contrat, dans le contexte du système éducatif en crise, se réclamant plus ou moins de la pédagogie Montessori. La journaliste rappelle ce que recouvre, pour l’essentiel, l’option pour cette approche pédagogique, dans l’Italie du XIXe siècle, au bénéfice d’enfants "en difficulté" qui vivaient dans un quartier pauvre de Rome. Elle souligne, avec justesse, ce contexte, les mérites, les limites, le coût d’un tel choix en Polynésie, et se demande si cette "vague" est un phénomène de mode ou le résultat d’un échec de l’École publique à combler une brèche où les écoles privées "auraient bien tort de ne pas s’engouffrer". Il pose ainsi une excellente question : "L’École publique ne serait-elle pas en fin de compte son propre bourreau ?"
En bref, on l’aura deviné, j’apprécie vivement un tel article et ne résiste pas au plaisir de donner mon avis, d’autant que j’observe, comme tant d’autres, la déliquescence de notre Éducation nationale, ainsi que celle de sa variante polynésienne. Et si elles ne sont pas seules coupables, elles en sont, pour une bonne part et par définition, responsables.

Au niveau national, il est de bon ton d’évoquer le phénomène de Mai 68 pour cibler la cause du dépérissement de l’École. C’est oublier que cette vague de contestation n’était pas un épiphénomène, mais le fruit d’une France en chemin de décolonisation, confrontée à des défis historique, technologique, économique qui, bien avant les années 1960, "travaillaient" le pays des Trois Glorieuses, annonçant à Paris, mais aussi en Amérique, en Afrique, en Asie, des remises en question douloureuses. L’École avait déjà changé et, si elle refusait de partager le point de vue extravagant selon lequel "il est interdit d’interdire", elle était fortement bousculée par l’éclosion des libertés individuelles et "sociétales", avec le déclin de toutes les institutions (famille, Églises, armée, associations, syndicats, partis…) où se forgeaient, qu’on s’en réjouisse ou non, des idéaux fédérateurs, laissant un vide béant que les individus occupèrent, avec démesure et passion, rejetant toute forme de contrainte, d’autorité, de régulation, d’interdit, de tabou. À l’autre bout d’une telle logique, l’École publique n’était plus au service du public, mais des publics, c'est-à-dire des clients et du clientélisme. Cette École de la République, partiellement issue des Jésuites (en témoignent : le lycée Louis-le-Grand et… l’émergence actuelle, au sommet de l’État, d’anciens élèves devenus célèbres), mais aussi fille de Condorcet, des philosophes des Lumières, de Rousseau, promeneur solitaire, de Voltaire, son contrepoint critique, de Makarenko, en Russie, de Piaget, de Pestalozzi, en Suisse, de Freinet, le doux anarchiste, et... de Montessori, cette Italienne de grand talent, se construisait avec patience. J’oublie un très grand nombre de ses inspirateurs, car la liste serait trop longue ! Un tel rappel permet de dire simplement que l’École de la République était bien la riche héritière d’un patrimoine issu de tous les viviers de l’Europe, sans compter qu’elle était de plus à l’écoute de l’école anglaise de Summerhill, puis ouverte à ce que pouvait apporter l’approche par objectifs de certains apprentissages, avec un usage raisonnable des évaluations dont les pratiques, venues d’Amérique, transitaient par les Universités de Mons et de Liège… Il convenait d’intégrer tout cela, sauf refuser de façonner UNE École pour TOUS. Les responsables politiques l’ont fait. Ont-ils su réaliser les synthèses nécessaires ? Ont-ils laissé "flotter le ruban" ? Ont-ils su assumer les responsabilités d’un tel ministère ? Chacun aura son opinion. Mais il est clair que la déliquescence est aujourd’hui réelle, en dépit d’une avalanche de réformettes annuelles que chaque ministre signait de son nom, pour entrer dans l’Histoire. Mais pour quel résultat ?

Si l’on jette un regard sur l’École française, on la découvre désormais au ras des pâquerettes, au niveau pathétique octroyé par les enquêtes PISA (Programme for International Student Assessment, programme international pour le suivi des acquis des élèves, ndlr).
Il fallait bien rappeler tout cela, pour éclairer quelque peu le climat dans lequel évoluaient, de gré ou de force, les acteurs dévoués, mais anxieux, de l’École, en Métropole. Et l’on n’oubliera pas non plus que, dans le même temps, l’École normale supérieure de Saint-Cloud, où l’on tentait de maintenir des exigences d’excellence pour la formation des professeurs et des inspecteurs, fut fermée, ainsi que les Écoles normales, sans mise en place de structures de même qualité. On aurait voulu la tuer, cette École, qu’on n’aurait pas mieux fait !

En Polynésie française, des circonstances locales expliquent le niveau de nos élèves, en héritage "métropolitain", pour une part, "défaut de gouvernance", pour l’autre part.
Pendant des décennies, ce fenua n’est certes pas resté sans rien faire. Qui se rappelle, par exemple, que la création des CJA (Centre des jeunes adolescents, ndlr) fut une initiative heureuse qui permit de récupérer, hors filières nationales, des jeunes à la dérive ? Qui se souvient que l’expérimentation pour l’enseignement de la langue tahitienne débuta dès les années 1980, avec des productions "Plaisir d’apprendre le tahitien", qui comprenaient des fascicules et des cassettes pour les trois premières années ? Qui a connaissance du rapport d’une inspection générale venue en 2008, à la demande du ministre, pour voir, conseiller et proposer des actions permettant d’améliorer notre École, mais qui ne mit guère le nez à la base, en maternelle et en primaire, là où le secondaire se joue ? A-t-on convenablement exploité les propositions d’une telle mission ? Où ont été formés nos conseillers pédagogiques et nos inspecteurs ? Ces derniers, avant de revenir ici, ont-ils travaillé dans l’Hexagone, ou en Nouvelle-Calédonie, et pour combien de temps ? Car tout enseignant devenu inspecteur devait servir pendant dix ans hors de son département d’origine. Outre les instructions officielles nationales, avons-nous su produire des recommandations, conseils, circulaires d’application, adaptés à notre région, pour aider les enseignants isolés dans leurs classes ? Avons-nous proposé une instruction civique et morale où nos élèves auraient pu apprendre ce que signifie le respect de soi, des autres, des animaux, des environnements naturels, artificiels, citadins ? Avons-nous produit les documents pédagogiques permettant d’assister ceux qui enseignent la langue tahitienne ? Les journées pédagogiques ont-elles été efficaces ? Que sait-on des expérimentations linguistiques conduites dans telles classes disséminées dans les îles, avec l’appui d’une Université de l’Ouest ? On pourrait multiplier les exemples et les questions pour illustrer le fait que, si des "choses" ont été faites, l’ensemble du système n’a peut-être pas eu la fluidité nécessaire pour que, de la base au sommet, les informations circulent afin que des pratiques s’installent, pour une meilleure efficacité. Nous aurions éventuellement pu nous fixer un seul et simple objectif : "De la base au sommet, travailler mieux pour mieux réussir". Bref, il paraît évident que, faute d’un diagnostic et d’une mémoire, nous avons eu des difficultés à trouver des remèdes. On connaît l’étrange similitude entre la relation pédagogique et la relation thérapeutique. Maria Montessori, justement, le savait. Ne pas chercher nous condamne à ne pas trouver. Et toute délivrance d’un médicament adéquat appelle, en amont, médecins et ordonnances. Et la santé de nos élèves, une nutrition "scolaire et éducative" appropriée. À défaut, trop d’écoliers sont en déshérence, sauf s’ils peuvent bénéficier de coûteuses remises à niveau, ou de familles "porteuses", c'est-à-dire de microclimats qui compensent les manques scolaires ou se substituent à telle classe défaillante. Les plus chanceux "s’en sortent", comme on dit ; les autres, trop nombreux, sont "orientés" vers des itinéraires incertains, sans avoir eu la chance de pouvoir s’emparer des outils qui donnent accès, en travaillant d’arrache-pied, aux pouvoirs détenus par "les héritiers". Et parmi les premiers outils, pour faire simple, on trouve : s’exprimer, lire, écrire, compter, mesurer.
Il y a actuellement, et c’est heureux, quelques possibilités d’accéder à une deuxième chance. Et je pense au travail proposé par l’Armée, par exemple. Mais nous devons nous demander si nous ne sommes pas responsables d’une part des échecs, des abandons, des ruptures scolaires. Et ce "nous" désigne tout autant le sommet du système que les établissements d’enseignement, les classes, les formations à l’Université d’où sortent des "enseignants non-chercheurs", "savants", mais "incompétents", puisque leurs savoirs ne permettent guère d’éclairer leurs pratiques de classe. Un tel phénomène est massif et touche d’ailleurs la totalité des territoires. Que penser des "interdisciplinarités" si l’on ne connaît pas les disciplines ? Que dire de ces jargons pédagogiques qui occultent si souvent des ignorances ? Veut-on simplement "motiver" et plaire ? Veut-on faire apprendre et réfléchir ? N’y a-t-il pas confusion entre une École "vivante" et une École "bruyante", entre l’activité qui implique une réflexion et l’activisme qui n’est que gesticulation ? Ne pas répondre à ces questions nous maintiendra dans cette situation peu ordinaire où la quasi-totalité des classes de la Polynésie est en ZEP ou ZEP plus, c'est-à-dire au niveau des quartiers les plus démunis de la métropole. Je parle ici de nos écoles maternelle et primaire qui sont en responsabilité territoriale depuis… plus de trente ans !
Conclusion : ou bien NOUS avons été mauvais (inspecteur de l’Éducation nationale ayant notamment servi à Tahiti, je suis compris dans ce " nous"), ou bien nos ÉLÈVES sont très peu doués, ou bien nos PROGRAMMES et FORMATIONS sont inadaptés. Je fais mienne la première des hypothèses, mais n’oublie pas la troisième. En précisant qu’il faut cesser de confondre ce qui relève de la culture (polynésienne, notamment) et ce qui exige des apprentissages méthodiques, patients, programmés de contenus qui structurent la pensée (langue française et mathématique, surtout). Certes, les deux sont très complémentaires ; ils ne sont guère superposables.

Du sommet à la base, nous sommes comptables de la situation actuelle qui paraît être un semi-échec… puisque les parents d’élèves rejoignent des écoles privées sous contrat ou hors contrat, s’ils en ont les moyens. Les autres en restent là et ne disent mot… C’est ce que nous voulons ?
C’est ce que je souhaitais dire après la lecture vivifiante de « La vague Montessori ».''

Pierre Dargelos,
inspecteur de l’Éducation nationale



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Vendredi 6 Avril 2018 - 12:33 Énergie : EDT dans le viseur du Pays

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Déforestation mondiale : tous responsables !

Déforestation mondiale : tous responsables !
Dans notre éditorial du 3 mai 2019 (voir TPM n° 406), nous écrivions "Faut-il que la planète s’enflamme (pour que nous lui venions en aide) ?" en réaction au violent incendie qui a ravagé Notre-Dame, le 15 avril dernier. Nous nous interrogions sur les priorités de notre société de plus en plus individualiste capable, d’un côté, de promettre une centaine de milliards de Fcfp de dons pour reconstruire la cathédrale de l’archidiocèse de Paris, tout en ignorant, de l’autre, la misère des personnes en grande précarité et à la rue. Plutôt que de s’attrister de la dévastation de biens matériels, il semble en effet bien plus urgent de remettre l’humain au centre de nos inquiétudes, avant que les préoccupations collectives ne revêtent des airs de cours des Miracles… Eh bien, aussi malheureux que cela puisse être, ce jour est arrivé, et il sera intéressant d’observer comment les nations réagissent, une fois la médiatisation passée. Depuis le 22 août, de gigantesques feux de forêt embrasent l’Amazonie, le "premier poumon vert" de la planète, qui absorbe pas moins de 14 % du CO2 mondial. L’état d’urgence a été décrété sur le plan international et le G7 s’est même mobilisé. Précisons cependant d’emblée que, s’il y a eu davantage d’incendies en 2019 qu’en 2017 et 2018, c’est légèrement moins que les huit premiers mois de 2016, par exemple. Cette tendance, bien qu’à la hausse, ne semble donc pas exceptionnelle.

Cette catastrophe environnementale a le mérite de susciter une prise de conscience générale. Après les massacres des animaux liés à l’exploitation de l’huile de palme, on prend enfin toute la mesure des conséquences de la déforestation qui s’est accélérée ces dernières années, les terres déboisées servant à augmenter les surfaces agricoles (le bétail en occupe la plus grosse partie, à hauteur de 65 % environ). Ces incendies ont rapidement déclenché une tempête anti-Bolsonaro, le président brésilien étant considéré comme le principal coupable de la situation, mais nous sommes TOUS responsables ! La France a également sa part de complicité, puisqu’elle importe de nombreux produits brésiliens, notamment du tourteau de soja – qui sert à nourrir le bétail –, mais aussi du bœuf et de la pâte à papier, dans des proportions moins importantes. En outre, l’Hexagone vient d’être épinglé pour l’importation massive de bois illégal en provenance d’Amazonie. Donc arrêtons d’accuser les autres, les lobbies, le commerce international, etc. Emmanuel Macron a annoncé vouloir "recréer la souveraineté protéinique de l’Europe", sauf que nous avons besoin de soja et nous n’en avons pas beaucoup (140 000 tonnes de graines sont récoltées chaque année). En novembre dernier, le gouvernement français a d’ailleurs lancé sa Stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée (SNDI). Le but est notamment de trouver "un compromis équilibré entre impératifs environnementaux, capacités des États et des acteurs privés et situation des populations locales". Très belle initiative, mais désormais ces bonnes intentions doivent se transformer en véritables mesures réglementaires.

Parallèlement, une thèse a embrasé les réseaux sociaux : les forêts d’Afrique centrale brûleraient encore plus vite que l’Amazonie dans l’indifférence générale. Le bassin du Congo, souvent comparé au "deuxième poumon vert de la planète", est un sanctuaire d’espèces en voie de disparition. Mais attention, ces feux sont observés plutôt en Angola, en Zambie, etc. Ce qu’il faut retenir, surtout, c’est que ces incendies sont les conséquences de l’agriculture itinérante sur brûlis, une pratique millénaire et artisanale qui est la première cause de la déforestation. "Au rythme actuel d’accroissement de la population et de nos besoins en énergie, nos forêts sont menacées de disparition à l’horizon 2100", s’est ainsi inquiété le président congolais Félix Tshisekedi. Aussi, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 850 millions d’euros de promesses de dons pour Notre-Dame (82 millions d’euros seulement ont déjà été versés, soit moins de 10 % honorés), 18 millions pour l’Amazonie et… rien pour l’Afrique subsaharienne. L’espèce humaine a décidément des comportements surprenants ! En proie à une déforestation effrénée (-17 % en cinquante ans pour l’Amazonie), les forêts dans le monde se réduisent et perdent peu à peu leur rôle de "puits de carbone".
Nos prières n’éteindront pas les incendies. Nos actions, oui. C’est à nous de changer de mode d’alimentation et de voter avec nos chariots de supermarché.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt