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Le patron de la "future" ferme aquacole de Hao à l’origine des dons de masques en Polynésie

Crédit photo : Présidence
Le 6 avril dernier, le Pays réceptionnait du matériel médical en provenance de Chine. Dans les soutes de l’avion-cargo : les fournitures tant attendues, et notamment des masques pour se protéger contre le coronavirus. Bientôt, on apprenait que Wang Cheng, le président de Tahiti Nui Ocean Foods et patron de la "future" ferme aquacole de Hao, était à l’origine des dons de masques en Polynésie. Dans un communiqué officiel, la Présidence remercie le consul de Chine de Tahiti, Shen Zhiliang, pour les "45 000 masques chirurgicaux offerts par le président de Tahiti Nui Ocean Foods et l’Association du Peuple chinois pour l’amitié avec l’étranger (APCAE) de Shanghai et de Pékin". Cette donation suscite des interrogations. Pourquoi Édouard Fritch ne l’a-t-il pas précisé à la presse avant la livraison ? Et si ces masques ont été "offerts", y a-t-il eu ou y aura-t-il une contrepartie à payer pour le Pays ?
L’information a été relayée par les médias de l’Empire du Milieu, qui évoquent le départ d’un avion transportant des fournitures médicales depuis l’aéroport international Pudong de Shanghai pour la Polynésie. Interrogé par nos confrères chinois, Wang Cheng explique : "Récemment, l’épidémie de Covid-19 a frappé la Polynésie française. Les établissements médicaux ont un besoin urgent de fournitures médicales, dont des vêtements de protection. En raison de la grave situation en Europe, la Chine est devenue un espoir important pour cette région." La presse asiatique relate également comment cet entrepreneur chinois de 52 ans, qui s’est rendu au fenua pour la première fois il y a huit ans, a "conclu un accord avec le gouvernement local pour le développement de fermes aquacoles en haute mer et d’un parc de l’industrie maritime, permettant d’améliorer la structure industrielle et l’emploi, et d’augmenter les revenus fiscaux". Le président de Tahiti Nui Ocean Foods indique par ailleurs : "Après de longs préparatifs, les travaux de notre projet d’investissement (une ferme aquacole sur l’atoll de Hao, aux Tuamotu, ndlr) auraient dû débuter ce printemps. Mais la pandémie de coronavirus a ravagé la Chine, l’Europe et la Polynésie française dans le Pacifique Sud."
C’est ainsi que l’Association du peuple de Shanghai pour l’amitié avec l’étranger a accordé son attention à ce "vieil ami" de la métropole chinoise et lui a envoyé 30 000 masques, de même que d’autres villes. "Notre entreprise a acheté 10 000 masques pour en faire don", précise M. Cheng. Quelque 130 mètres cubes de cartons contenant des produits de prévention et de contrôle du Covid-19, arborant les mots "La détermination de tous fait la force" en français et en chinois, ont déjà été transportés par un avion affrété vers la Polynésie. Au total, ce sont 400 mètres cubes de fournitures médicales qui partiront de Shanghai à destination du fenua, dont un quart provient des dons chinois, le reste étant composé d’achats réalisés par le Pays.

(Dominique Schmitt)





Gestion de la crise : eau et gaz à tous les étages…

Gestion de la crise : eau et gaz à tous les étages…
Il n’y a pas un jour sans que, à propos de la gestion de la crise liée au Covid-19, nous sourcillions à la lecture de tel ou tel article paru dans la presse nationale et internationale ou à l’annonce de telle ou telle décision locale du Pays et de l’État. Eau et gaz à tous les étages, on se sent enfumés ! Au fenua, après l’affaire des masques offerts à la Polynésie par le patron de la "future" ferme aquacole de Hao, on tombe à la renverse en apprenant qu’un contaminé comptait parmi les… décontamineurs envoyés le 3 mai dernier par l’Armée française, comme l’ont ironiquement titré nos confrères de Tahiti Infos, révélant que les membres d’équipage de l’A330 MRTT "Phénix" n’avaient été ni testés ni placés en quatorzaine avant leur départ. On croit rêver. Pourtant, le haut-commissaire et les Forces armées ont toujours affirmé le contraire et garanti des mesures sanitaires "particulières". On constate amèrement qu’elles n’ont pas été respectées. La pilule n’arrive pas plus à passer lorsque le représentant de l’État justifie que cette mission n’était "pas sous le commandement de l’Amiral" et que les décisions prises ici ou en Métropole ne sont "pas les mêmes". Puis, quand il tente de nous expliquer que ce militaire testé positif au Covid-19 – retourné entre-temps vers l’Hexagone – présente "une très faible trace virale" et n’est "pas contagieux", il faut bien avouer que l’on a peine à le croire. Et pour cause, la confiance est entamée faute de transparence ; pire, elle est bafouée !

D’autant que trois jours après, l’on découvrait avec stupéfaction que l’A400M, l’autre avion déployé dans le cadre de l’opération "Résilience", avait rapatrié une vingtaine de résidents polynésiens bloqués en Nouvelle-Zélande, alors que plus de 300 de nos ressortissants sont également coincés en Métropole et crient à l’aide. Aux abois, ils n’ont toujours pas retrouvé leurs siens. On se souvient, le mois dernier, que la ministre des Outre-mer, Annick Girardin, avait lâché cette petite bombe au sujet de la mise en place d’une quatorzaine une fois les passagers débarqués à Tahiti : “Il n’y a pas la volonté en Polynésie parce qu’il n’y aurait pas les capacités sur place.” Alors, comment l’État peut-il avoir la volonté, a contrario, de faire entrer en Polynésie plus de 1 700 fonctionnaires (enseignants, gendarmes…) d’ici la fin août, si le Pays n’a pas les structures suffisantes pour les accueillir ? Par ailleurs, il faudra envisager le retour des plus de 1 000 étudiants polynésiens qui voudront bientôt rentrer chez eux, après la fin de leur année universitaire.

Avec moins d’un millier de places à notre disposition, le président du Pays, Édouard Fritch, s’est même agacé ouvertement de cette situation abracadabrantesque. En outre, le ministre de la Santé s’est montré pour le moins réservé et en retrait, en considérant pour sa part : "On a le goût du risque (sic)." Les relations entre le Pays et l’État, malgré "l’union sacrée" qu’ils tentent d’afficher, ne semblent plus vraiment être au beau fixe et la cacophonie générale continue ! À l’image du couvre-feu infantilisant, qui n’a finalement pas fait… long feu en étant étouffé et balayé par un arrêté-liberté validé par le tribunal administratif, nos dirigeants auraient fort à faire de cesser de jouer la carte du paternalisme et raison garder. Aussi, ils devraient songer à prendre conseil auprès des experts et spécialistes avant d’imposer des contraintes injustes et injustifiées, comme, par exemple, nous interdire de sortir en bateau à plus de 2 milles des côtes, sans doute pour nous empêcher d’aller à Moorea, pendant que tout un chacun peut se rendre en ferry sur l’île Sœur et aller en villégiature. Aujourd’hui, bien au contraire, il faut impulser de véritables mesures et restaurer la confiance ! Grâce à des initiatives comme la convention "Fenua Pass" lancée par la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), l’enjeu est de relancer notre économie, à commencer par notre fer de lance, le tourisme, avant que la pirogue "Polynésie" ne sombre. Saurons-nous redresser la barre et tenir le cap ? L’avenir nous le dira, mais nous devons tous agir d’un seul homme pour rester à flot et réinventer des manières de naviguer dans ce nouveau monde qui déferle dans nos vies.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt