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Les professionnels du livre pleurent la disparition de leur doyenne Manuella Luciani

Crédit photo : Lire en Polynésie
"C’est une fervente défenseur du livre en général, et du livre local en particulier, qui nous quitte aujourd’hui... Merci pour ce noble engagement et ce soutien inconditionnel pendant toutes ces années !" (Au Vent des îles). Le 5 mai dernier, Manuella Luciani, née Klima, figure emblématique de la librairie historique de Papeete a laissé les professionnels et les amoureux du livre orphelins. Les hommages n’ont pas tardé à fleurir : "Manuella incarne la librairie Klima. Cette librairie chère au cœur des Polynésiens qui a fêté ses 80 ans en 2016", note l’Association des éditeurs de Tahiti et des îles. "Toujours coquette dans sa robe locale et sa fleur dans les cheveux, elle exerçait son métier avec passion. Ses lunettes posées sur le bout du nez, elle conseillait avec plaisir les clients dans le choix de leurs ouvrages. C’est sans doute cette proximité avec le public et l’ambiance familiale du lieu qui ont permis à la librairie de traverser tant d’années", témoignent les Éditions des Mers Australes.
Car si la librairie a fièrement traversé les années depuis sa fondation en 1936 par le père de Manuella, elle n’en était pas moins menacée par une potentielle fermeture. En 2016, Manuella avait déjà évoqué ses difficultés, "confrontée à la baisse de fréquentation et à la concurrence avec Amazon". Si à l’époque, elle avait évoqué la possibilité de fermer boutique, Manuella avait finalement continué à gérer sa librairie pendant trois ans avant de prendre sa retraite en 2019. Or, la même année, la fermeture d’Archipels, seconde librairie historique de Papeete, avait retenti comme une sonnette d’alarme. "Ce qui est plutôt dommageable, ce n’est pas tellement le fait qu’elles arrêtent. C’est surtout qu’il n’y a pas de repreneurs", s’était déjà exprimé Patrick Chastel, président de l’association Tāparau  dans les colonnes de Tahiti Infos. Pour l’heure, nous ne savons pas encore ce que la famille de la regrettée Manuella décidera, mais il nous semble important de se poser la question de l’avenir du livre en Polynésie, tant les librairies sont de formidables soutiens au secteur de l’édition locale.
Assistons-nous à la chronique d’une mort annoncée des librairies indépendantes et familiales de Polynésie ? Est-ce là un clap de fin ? En tout cas, c’est probablement une page qui se tourne : un "monument" du secteur du livre en Polynésie qui risque de disparaître. Pourvu que des passionnés se manifestent, proposant un concept de libraire nouvelle génération, à l’image de ces petites librairies indépendantes qui fleurissent en Métropole, proposant événements, animations et ateliers autour du livre, et même parfois de petits salons de thé associés. Mais pour l’instant, l’heure est au recueillement et aux hommages. Un immense merci, Manuella, pour ton dévouement envers le livre en Polynésie.

(V.D.)





"COVID-FREE" : ON SERRE LES FESSES !

La croisière n’amuse vraiment plus ! Alors que la Polynésie a fait le pari de rouvrir notre destination au tourisme international, il aura fallu seulement deux semaines pour qu’un premier cas de Covid-19 soit détecté au fenua, à bord du Paul Gauguin. Avant que la compagnie maritime ne soit informée de la présence d’une croisiériste américaine contaminée et ne décide de rentrer au port de Papeete, le navire a fait escale à Bora Bora où les passagers ont participé à des activités de loisirs, ce qui corse l’affaire et rend impossible la traçabilité exacte des personnes mises en contact. Depuis le 15 juillet, à grand renfort de slogan "Covid-Free", le Pays a décidé d’ouvrir les écoutilles, sans soumettre les visiteurs à une "quarantaine", et l’on peut sérieusement s’interroger sur la pertinence de miser sur le tourisme de masse, et notamment les paquebots où l’on vit à huis clos, quand les pays et territoires voisins du Pacifique ont choisi, eux, de s’isoler et de protéger leurs populations.
Force est de constater que le dispositif mis en place a des failles, même si l’on persiste à nous faire croire le contraire. C’est pourquoi le Pays et l’État ont annoncé l’instauration d’une troisième "barrière" de contrôle, pour les croisiéristes uniquement : en plus du test de moins de 72 heures avant l’embarquement vers la Polynésie et de l’auto-test au quatrième jour (sans oublier la fiche de suivi du voyage sur la plateforme Etis pour les visiteurs extérieurs), toute personne souhaitant monter à bord d’un navire devra effectuer un examen supplémentaire le jour-même, qui sera pris en charge par le gouvernement. En revanche, ni le haut-commissaire ni le président de la Polynésie ne songent à imposer un confinement à l’arrivée des touristes internationaux avant le résultat de leur auto-test au quatrième jour, "sinon ils ne viendraient pas"… De même, un dépistage à plus grande échelle pour la population n’est pas à l’ordre du jour. "On n’en a pas besoin parce que le virus ne circule pas", considère ainsi Hervé Varet, directeur de l’Institut Louis Malardé.
Aujourd’hui, près de 15 000 emplois sont en effet menacés, essentiellement dans le secteur du tourisme, tandis que de plus en plus de fare tournent au café-pain-beurre. En outre, "le Pays n’a pas les moyens financiers nécessaires pour continuer à soutenir" le monde du travail "à moyen terme", a concédé Édouard Fritch, d’où l’emprunt de 28,6 milliards de Fcfp (la moitié de nos besoins financiers réels) à l’État français, amortissable sur vingt-cinq ans. Mais, pour pallier la crise économique, on n’a donc pas d’autre choix que de parier sur notre bonne étoile ? Serait-on en train de jouer à la roulette russe sous nos tropiques ? Surtout qu’un deuxième cas de coronavirus a été décelé, lundi soir, chez un personnel naviguant d’Air Tahiti Nui, à quelques jours de la rentrée scolaire… Les autorités essaient de nous rassurer, mais en réalité on croise tous les doigts et on serre les fesses ! Que faire d’autre ? Prier peut-être ?

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.
Dominique Schmitt

Dominique SCHMITT