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Viande de chien : les talents cachés de Tupaia

Crédit photo : DR
Suite à la publication de notre enquête sur la consommation de viande canine en Polynésie (lire TPM n° 416 du 20 septembre 2019), Robert Koening, responsable des Éditions Haere Pō, nous a transmis un court extrait culinaire qui coïncide avec le 250e anniversaire du passage de l’Endeavour, le navire du célèbre explorateur James Cook, dans nos eaux. Vous pouvez ainsi découvrir ci-après l’art de la cuisine de Tupaia, qui n’est pas seulement un expert en navigation ! Ce texte, écrit par Joseph Banks (le richissime naturaliste à bord) et traduit par Véronique Larcade (maître de conférences en histoire moderne à l’Université de la Polynésie française), est extrait de Journal à Tahiti et dans les îles, de Vahitahi à Rurutu, avril-août 1769, un ouvrage à paraître à Haere Pō lors du prochain Salon du livre, du 14 au 17 novembre. "Une citation d’un jour tout à fait banal à Matavai, en juin 1769, sans aucun chichi sacrificiel…", nous indique Robert Koening.
"20 juin 1769 – Tôt ce matin, Purea et compagnie sont venus au campement, apportant une grande quantité de provisions en cadeau, dont un chien bien gras. Nous avions appris dernièrement que ces animaux étaient mangés par les Indiens qui les tiennent pour une nourriture plus délicate que le porc. C’était l’occasion ou jamais de tenter l’expérience. Le chien fut immédiatement confié à Tupaia qui, découvrant que c’était une nourriture à laquelle nous n’étions pas habitués, entreprit de faire à la fois le boucher et le cuisinier. Il tua l’animal en l’étouffant, c’est-à-dire en tenant ses mains serrées autour de la gueule et du museau, opération qui prit plus d’un quart d’heure : il se mit ensuite à le préparer d’une manière très semblable à ce que nous ferions pour un porc, en fai-sant roussir ses poils au-dessus du feu qui avait été allumé pour le rôtir, le nettoyant en le raclant à l’aide d’un coquillage. Il l’ouvrit ensuite avec le même instrument et, après avoir retiré les entrailles, la fressure et autres, il les fit porter jusqu’à la mer où on les lava le plus soigneusement possible et on les mit dans des noix de coco avec tout le sang qu’il avait trouvé à l’intérieur. Les pierres étaient à présent disposées et on déposa dessus le chien bien recouvert de feuilles ; en deux heures environ, il fut fin prêt et, dans le quart d’heure suivant, entièrement dévoré. Il constitua un plat tout à fait excellent pour nous qui, pour lors, n’avions pas le moindre préjugé à l’encontre de la nourriture, quelle qu’elle soit. […]"

b[Pour un "repas culturel équilibré"
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Comme nous l’avons écrit dans notre dossier, à la lecture de l’ouvrage de Christophe Serra Mallol, Nourritures, abondance et identité- Une socio-anthropologie de l’alimentation à Tahiti (éditions Au Vent des îles, 2010), il apparaît que les végétaux constituent la base de l’alimentation des anciens Polynésiens et que la consommation de viande n’est pas quotidienne, mais exceptionnelle, réservée aux chefs de famille à l’occasion de cérémonies. Cependant, le spécialiste en sociologie et en anthropologie de l’alimentation explique en effet : "Perçue comme répugnante en Europe, la viande de chien était jugée par les Tahitiens comme bien meilleure que celles de nos mammifères caprins européens, rejoignant par-là l’avis de Cook".
"Pour faire un repas équilibré (d’un point de vue culturel)", Robert Koening nous fait part également de ce que les marins de l’Endeavour proposent "pour ne pas gaspiller une bonne nourriture carnée abondante et disponible, alors qu’ils souffrent de la saison de pénurie de mai 1769". "24 mai 1769 – Les hommes de l’Endeavour manquent alors cruellement de viande, si bien que les marins, rapporte le premier maître Molyneux, se sont mis à chasser les canards et à attraper des rats en grande quantité, pour augmenter leur ration, ce qui dégoûte fortement les Tahitiens qui détestent en manger (Journal de Molyneux)."
À l’heure où nous écrivions ces lignes, on apprenait que la viande de chien est de retour en Chine. Les prix du cochon ayant explosé à cause de la peste porcine africaine, certains restaurants chinois dans les campagnes n’hésitent plus à proposer de la viande canine.
(D.S.)





Bienvenue en Macronésie !

Bienvenue en Macronésie !
Après une pause politique d’une année, 2020 ne manquera pas de piquant, avec les élections municipales en mars et, sur un autre plan, la venue du président de la République Emmanuel Macron, en avril.
La bataille des tāvana est engagée, elle s’annonce âpre, tant le gain des communes est un marchepied incontournable pour atteindre la Présidence. Ces élections se résumeront, comme toutes les précédentes, à une confrontation bipolaire. Certains partis et candidats ont déjà tenté l’aventure en proposant une troisième voie, mais elle n’a jamais trouvé ses électeurs. Gaston Flosse et ses Orange l’ont bien compris et savent qu’en face du Tapura et du Tavini, les chances de prendre et même de conserver les mairies sont vouées à l’échec. Le Vieux Lion a dû se résoudre à proposer une alliance au Tavini, qui ne l’accepte qu’au cas par cas, malgré les annonces d’un Gaston Flosse transformé, ces dernières semaines, en VRP. Voilà qui ressemble fortement à un dernier baroud d’honneur.
Fort de sa croissance économique et politique – les deux allant souvent de pair – le Tapura d’Édouard Fritch paraît inébranlable et peut se concentrer sur la venue présidentielle. Cette dernière, dans le contexte de crise actuelle, ne devrait pas ressembler à celle de François Mitterrand (en 1990), qu’a récemment décriée René Dosière, président de l’Observatoire de l’éthique publique : "Il avait fait un voyage en Polynésie avec 420 personnes,
deux Concorde et un autre avion... On avait refait la piste de Tahiti pour que le Concorde puisse atterrir."
"Bienvenue en Macronésie" pourrait être le message d'accueil adressé au président de la République, tant le gouvernement Fritch lui fait allégeance, au détriment de ses propres parlementaires.
À chaque visite présidentielle, son lot d’annonces et de demandes plus ou moins convenues. Le président Macron devrait revenir sur ses propos d’octobre dernier, tenus à la Réunion : "Les territoires d’Outre-mer français peuvent devenir de véritables hubs numériques. Hub numérique, c’est le souhait de la Polynésie française, que nous soutenons et encourageons." Il sera question de développement économique, de soutien de l’État, du "Centre de mémoire" sur le nucléaire et peut-être même d’une proposition d’inscription à l’ONU pour le ’ori tahiti… La nomination à confirmer du site de Teahupoo pour les compétitions de surf de Paris 2024 ne manquera pas d’être évoquée, alors même qu’elle a été accueillie avec une tiède acrimonie par des internautes métropolitains.
Le président Macron aime répéter à l’envi son "J’entends", les Polynésiens espèrent être entendus et, surtout, compris. Quand certains attendent des excuses pour les expérimentations nucléaires, de meilleures indemnisations, d’autres souhaitent des réponses à des questions tout aussi sensibles, dont nous dressons une liste non exhaustive, soufflées par l’historien Jean-Marc Regnault :
- Diriez-vous, M. le Président, que la France a une part d’Océanie en elle, comme vous aviez dit que la France a une part d’Afrique en elle ? (À cause du mythe des îles heureuses, à cause des guerres mondiales, à cause des essais qui ont permis à la France de devenir une puissance mondiale...)
- Quel est votre degré de reconnaissance du fait nucléaire ? Et, bien sûr, quel devrait être le degré de reconnaissance de la Nation ?
- Vous avez considéré que la colonisation était une faute. Pensez-vous que la France a suffisamment décolonisé la Polynésie ?
- Le président Fritch a dit, récemment, qu’il n’aimerait pas avoir à choisir bientôt entre l’Indo-Pacifique et les Routes de la soie. Ne croyez-vous pas que la géostratégie que vous proposez risque de remettre en cause l’autonomie qui, depuis quelques années, accordait de plus en plus de compétences en matière de relations extérieures ?
- À votre sens, la Polynésie française est-elle suffisamment intégrée dans son environnement océanien ? L’État ne devrait-il pas demander à ses collectivités d’Océanie d’accorder beaucoup plus d’importance à l’enseignement de l’histoire et de la géographie locales et régionales ? Et de récompenser cet enseignement par des diplômes qui intégreraient ces notions ? En la matière, actuellement, l’Inspection générale fait preuve d’un jacobinisme rétrograde...

Selon les réponses à ces questions, la visite permettra – ou pas – de refermer certaines blessures bien vivaces, même après
vingt-quatre ans d’abstinence nucléaire.

Ensemble, faisons bouger les lignes !
Bonne lecture, te aroha ia rahi.
La rédaction

Tahiti Pacifique