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La reine des élections : Un vocabulaire inadapté


Samedi 27 Janvier 2018 - écrit par Jean-Marc Regnault


Un communiqué de presse du 14 décembre 2017, émanant des services du haut-commissariat, nous apprenait que "les dates de l'élection des Représentants à l'Assemblée de la Polynésie française sont désormais connues : le 1er tour du scrutin interviendra le dimanche 22 avril et le second tour, si nécessaire, le dimanche 6 mai 2018".



L'assemblée territoriale en 1957 L'institution est rebaptisée assemblée territoriale de la Polynésie française  par la loi de juillet 1957 et le nombre de conseillers territoriaux passe à 30. crédit photo : Fonds Mottert
L'assemblée territoriale en 1957 L'institution est rebaptisée assemblée territoriale de la Polynésie française par la loi de juillet 1957 et le nombre de conseillers territoriaux passe à 30. crédit photo : Fonds Mottert
Le haut-commissariat – gardien de la légalité, faut-il le rappeler – a soigneusement pesé ses mots en annonçant "l'élection des Représentants" à l'APF. C'est qu'il fallait avoir intégré que la Polynésie française n'est plus un Territoire d'outre-mer (2003), mais une Collectivité d'outre-mer (Com) qui peut se payer le luxe, sans que cela porte à conséquence, de se considérer comme un pays (sans majuscule pour ne pas faire hurler les juristes). On sait que, du coup, le mot Territoire a quasiment disparu des appellations des divers services. L'ancien Office territorial de l'action culturelle (Otac) est devenu le Service de la culture et du patrimoine, et l'ancien Institut territorial de la statistique (ITSTAT) est devenu l'Institut de la statistique de la Polynésie française (ISPF). Il ne reste guère que la Chambre des comptes, antenne locale de la Cour des comptes, qui s'appelle encore Chambre territoriale des comptes (CTC).
Et pourtant, dans le langage courant – et dans les articles des quotidiens de la place – on continue à parler des élections territoriales, une appellation inadéquate donc.
Les habitudes ont la vie dure, et le vocabulaire s'en ressent. Dans la France républicaine, les "misses" sont des reines de beauté, la bicyclette est la "Petite Reine"… La preuve, j'y succombe moi aussi avec le titre de cet article qui veut parler… des élections territoriales. Oh ! pardon, de "l'élection des Représentants" à l'APF.

De quoi s'agit-il ?

Lors de la réforme statutaire de 2004, il avait été question de changer le nom des conseillers territoriaux… qui ne seraient plus territoriaux ! Il fut proposé un moment de les nommer "députés", mais cela heurtait les "vrais députés", ceux qui au Palais Bourbon font la loi. Comme on sait que les députés (les vrais !) sont les représentants du peuple, va donc pour "représentants".
En 1946 aussi les conseillers de l'assemblée représentative étaient les représentants du peuple, du moins sur le papier. Encore aurait-il fallu que le statut de l'époque leur accordât suffisamment de compétences pour qu'ils aient pu changer en profondeur la condition de leurs électeurs… et qu'ils en aient eu la volonté.
Depuis le statut de 1977, modifié en 1984 avec l'autonomie dite interne et les modifications successives,
les Polynésiens, citoyens français, sont de moins en moins concernés par les résultats des élections présidentielles et législatives. Outre le fait que les lois votées par nos députés et sénateurs polynésiens ne s'appliquent pas souvent à la Polynésie par le principe de spécialité législative, le statut de 2004 accorde de larges compétences au pays que le législateur français doit respecter sans s'immiscer dans la conduite des affaires locales.

L'essentiel de la vie quotidienne des Polynésiens entre les mains de leurs élus

Les lecteurs se souviennent peut-être de notre série d'articles "C'est la faute à l'État, c'est la faute au Fenua". Eh bien, désormais, dans la plupart des domaines, ce qui ne va pas, c'est la faute au Fenua. Jugement sévère d'un Popa'ā ? Non, c'est celui du président Édouard Fritch en personne qui explique devant la Quatrième commission de l'ONU que la France n'est plus responsable de certaines injustices : "Il y a dans notre pays, comme dans tous les pays du monde, des inégalités sociales, mais ces inégalités sociales sont le fruit de notre propre gestion et non les conséquences d'un colonialisme imaginaire" (1). Si la redistribution sociale n'a pas l'efficacité qu'on aimerait, ce sont les projets des gouvernements locaux et les délibérations de l'APF qui sont en cause. Peut-on aller jusqu'à dire que la misère est de compétence locale ?
Si les gouvernants ont leur responsabilité, les électeurs qui préfèrent le clientélisme à la juste répartition des charges et à une redistribution équitable sont responsables de la misère de leurs concitoyens.
Ce n'est pas tout. Les rubriques de Christian Montet ne font que conforter l'analyse de la chambre territoriale des comptes : sur le plan économique, "l'impact des dépenses publiques est déterminant dans l'économie polynésienne" (2). Qui donc décide des dépenses publiques ?
Les élus disposent des moyens pour rectifier les inégalités et les aberrations d'une économie héritière de la période du CEP. Encore faut-il qu'ils en aient la volonté. Aux électeurs de déceler ceux qui l'ont.
Voilà pourquoi les élections à venir sont déterminantes pour chaque Polynésien. Foin du vocabulaire trop juridique et pour que chacun comprenne de quoi il retourne : les élections
territoriales des 22 avril et 6 mai, sont la reine de toutes les élections !


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Thibaud Millet, maître ès libertés

Thibaud Millet, maître ès libertés
Thibaud Millet est le nouvel empêcheur de tourner en rond de la sphère judiciaire, le poil à gratter des autorités, le justicier des opprimés. À la rédaction, nous l’avons surnommé "l’avocat qui met les pieds dans le plat". Grand défenseur des libertés, il n’hésite pas à sortir des sentiers battus et à rentrer dans le chou de ses adversaires, les mettant face à leurs contradictions ! Illustre inconnu il y a encore six mois, Me Millet occupe depuis la crise Covid toute sa place dans les médias. En mai dernier, il a fait tomber l’arrêté du haut-commissaire instaurant le couvre-feu et l’interdiction de rassemblement. Puis, il s’est attaqué aux restrictions d’alcool. Le 22 septembre, le magistrat a également déposé deux référés-libertés concernant, cette fois, le port du masque et les gestes barrières. C’est lui qui est également l’avocat de Karl Anihia, le président de Tahiti Herb Culture, jugé en appel pour avoir planté un plant de paka devant l’assemblée et demandé la légalisation du cannabis thérapeutique. Par ailleurs, il défend son confrère Stanley Cross dans l’affaire Radio Tefana, qui oppose Oscar Temaru au procureur de la République Hervé Leroy. Autre cheval de bataille : les conditions de détention des détenus de Nuutania, la prison la plus surpeuplée de France. Ainsi, il est sur tous les fronts dès lors qu’il est question d’atteintes à la liberté. Qui est cet avocat qui n’a pas froid aux yeux ? C’est ce que nous avons voulu savoir.
Dans notre portrait à la Une, découvrez un homme passionné du juridique et expert du droit, un bosseur déterminé qui a le goût du challenge. Féru de chasse sous-marine et d’apnée, Thibaud Millet repousse ses limites, à la cour comme à la vie. Nous avons souhaité comprendre quelles sont les réelles motivations de ses plaidoiries. À propos de l’interdiction de vente d’alcool réfrigéré, il explique, par exemple, que cela s’adresse aux grandes surfaces ; les cavistes, eux, ont une dérogation. "On l’a contestée, mais le Pays nous a répondu qu’il y avait deux types de magasins pour différents publics : une clientèle qui sait déguster des bons alcools et une autre dite tout public qui se livre à une consommation de masse. Cette discrimination sociale est choquante", considère-t-il. Susciter "un vrai débat dépassionné" sur le port du masque, et vouloir des lois cohérentes et intelligibles, sans "gesticulation politique", est en outre légitime. Le tribunal administratif vient d’ailleurs de trancher dans son sens : les juges estiment notamment que l’obligation du port du masque doit être limitée dans le temps et qu’il doit pouvoir y être dérogé pour les personnes qui présentent une contre-indication médicale au port du masque. Aussi, dans ce contexte de crise sanitaire, les nombreuses contraintes exigées par les autorités au nom de la communauté sont parfois mal vécues sur le plan individuel par certains citoyens qui ont soif de liberté. Cette liberté chérie à laquelle nous aspirons tous, au même titre que l’égalité et la fraternité, les deux autres piliers de la République française. Mais n’oublions pas que "la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres". C’est toute la complexité de ce nouveau monde dans lequel nous devons réapprendre à vivre ensemble, celui de l’après-Covid. C’est pourquoi, Tahiti Pacifique s’évertue à chaque numéro à vous apporter "une goutte de liberté dans l’océan", la devise chère à Alex W. du Prel. D’ailleurs, nous avons pris également la liberté d’imprimer désormais votre magazine sur notre nouvelle presse numérique, gage d’une très haute qualité d’impression pour un rendu exceptionnel.

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Dominique SCHMITT