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Fin de l’accord de Nouméa : un exemple pour la Polynésie française ?


Vendredi 3 Novembre 2017 - écrit par Luc Ollivier


Dans environ un an – si le Congrès ne parvient pas à fixer une date d'ici là – les Néo-Calédoniens auront à se prononcer, entre la fin octobre et le 11 novembre 2018, sur leur avenir lors d’un référendum d’autodétermination. Quitter ou rester au sein de la République française est la question qui leur sera posée, peut-être plusieurs fois si le non devait l’emporter. Un résultat suivi de près par certains Polynésiens qui peuvent, en fonction du résultat, trouver un écho à leurs revendications indépendantistes.



crédit photo : Archives Tahiti Pacifique
crédit photo : Archives Tahiti Pacifique
Aujourd’hui, le Caillou commence à bouger. L’échéance approche doucement mais sûrement au terme d’un processus enclenché il y a déjà trente ans. Les partis politiques ou plutôt les clans autonomistes et indépendantistes s’apprêtent à défendre leurs idées, leurs convictions, leur vision de l’avenir de ce qui est encore un territoire français et qui pourrait devenir un État que le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) a déjà baptisé Kanaky-Nouvelle-Calédonie. Ce référendum ne manquera pas d’intéresser la Polynésie française qui partage une certaine symétrie politique avec son voisin, comme l’histoire nous le rappelle. Quand Pouvanaa a Oopa fut arrêté en 1958, la Nouvelle-Calédonie vécut peu après le même drame avec l’arrestation de Maurice Lenormand. Quand Tahiti a obtenu son nouveau statut en 1977, la Calédonie eut le sien juste après. Quand nous obtenons l’Autonomie interne en 1984 au terme d’une négociation avec les autorités polynésiennes, la Calédonie voit son statut modifié quasiment à l’identique. Ce changement statutaire non réclamé et encore moins étudié est certainement à l’origine des événements tragiques qui suivirent. Preuve, à l’époque, de la méconnaissance parisienne des territoires océaniens.
Quand bien même nous avons, une histoire, une sociologie, des communautés différentes, il reste que souvent la France a attribué à chaque territoire un statut pas éloigné de l’autre. Quand cela ne...




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Jacques Chirac entouré de Gaston Flosse et de Jacques Lafleur,  président de la Province Sud de Nouvelle-Calédonie, à l'occasion du Sommet France-Océanie en 2003, à Papeete. crédit photo : Archives Tahiti Pacifique
Jacques Chirac entouré de Gaston Flosse et de Jacques Lafleur, président de la Province Sud de Nouvelle-Calédonie, à l'occasion du Sommet France-Océanie en 2003, à Papeete. crédit photo : Archives Tahiti Pacifique
L’historien Jean-Marc Regnault s’est aussi intéressé à l’actualité calédonienne à venir avec cette sortie de l’Accord de Nouméa. Il retrace aujourd’hui la difficile reconnaissance du peuple kanak.

Nouvelle-Calédonie : pour le pire et le meilleur

Ce n’est qu’en 1953 que les Kanak obtinrent tous le droit de vote (jusque-là octroyé à une minorité d’entre eux). Les Calédoniens d’origine européenne avaient peur du poids électoral des Mélanésiens. "Jamais nous ne pourrons admettre que nos protégés puissent devenir, par la loi du nombre, nos dirigeants", écrivait le président de la chambre d’agriculture (La France Australe, 30 juillet 1952).

Quand le suffrage universel permettait l’élection d’une majorité favorable aux Kanak, les institutions limitaient son action et l’Administration l’entravait par...




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crédit photo : Julien Sartre
crédit photo : Julien Sartre
À Paris, Julien Sartre

Réunion du Comité des signataires à Paris
La Nouvelle-Calédonie pense aussi au "jour d'après"


Trancher les modalités d'inscription sur la liste électorale spéciale, choisir la question qui sera posée lors du référendum d'auto-détermination, dresser le bilan de la politique française sur l'épineuse question du nickel : les participants au 16e "Comité des signataires des Accords de Matignon et de Nouméa" avaient fort à faire à Paris, jeudi 2 novembre.
"Cela peut sonner comme une évidence mais il est parfois bon d'en rappeler quelques-unes : la consultation aura bien lieu." Face à l'Assemblée nationale, à Paris le mardi 31 octobre, le Premier ministre Édouard Philippe se veut rassurant et consensuel. Il tient à mettre en confiance les participants au Comité des signataires des Accords de Matignon et de Nouméa, venus du Pacifique jusque dans la capitale pour l'occasion.
Dans l'hémicycle de l'Assemblée, comme...




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Thibaud Millet, maître ès libertés

Thibaud Millet, maître ès libertés
Thibaud Millet est le nouvel empêcheur de tourner en rond de la sphère judiciaire, le poil à gratter des autorités, le justicier des opprimés. À la rédaction, nous l’avons surnommé "l’avocat qui met les pieds dans le plat". Grand défenseur des libertés, il n’hésite pas à sortir des sentiers battus et à rentrer dans le chou de ses adversaires, les mettant face à leurs contradictions ! Illustre inconnu il y a encore six mois, Me Millet occupe depuis la crise Covid toute sa place dans les médias. En mai dernier, il a fait tomber l’arrêté du haut-commissaire instaurant le couvre-feu et l’interdiction de rassemblement. Puis, il s’est attaqué aux restrictions d’alcool. Le 22 septembre, le magistrat a également déposé deux référés-libertés concernant, cette fois, le port du masque et les gestes barrières. C’est lui qui est également l’avocat de Karl Anihia, le président de Tahiti Herb Culture, jugé en appel pour avoir planté un plant de paka devant l’assemblée et demandé la légalisation du cannabis thérapeutique. Par ailleurs, il défend son confrère Stanley Cross dans l’affaire Radio Tefana, qui oppose Oscar Temaru au procureur de la République Hervé Leroy. Autre cheval de bataille : les conditions de détention des détenus de Nuutania, la prison la plus surpeuplée de France. Ainsi, il est sur tous les fronts dès lors qu’il est question d’atteintes à la liberté. Qui est cet avocat qui n’a pas froid aux yeux ? C’est ce que nous avons voulu savoir.
Dans notre portrait à la Une, découvrez un homme passionné du juridique et expert du droit, un bosseur déterminé qui a le goût du challenge. Féru de chasse sous-marine et d’apnée, Thibaud Millet repousse ses limites, à la cour comme à la vie. Nous avons souhaité comprendre quelles sont les réelles motivations de ses plaidoiries. À propos de l’interdiction de vente d’alcool réfrigéré, il explique, par exemple, que cela s’adresse aux grandes surfaces ; les cavistes, eux, ont une dérogation. "On l’a contestée, mais le Pays nous a répondu qu’il y avait deux types de magasins pour différents publics : une clientèle qui sait déguster des bons alcools et une autre dite tout public qui se livre à une consommation de masse. Cette discrimination sociale est choquante", considère-t-il. Susciter "un vrai débat dépassionné" sur le port du masque, et vouloir des lois cohérentes et intelligibles, sans "gesticulation politique", est en outre légitime. Le tribunal administratif vient d’ailleurs de trancher dans son sens : les juges estiment notamment que l’obligation du port du masque doit être limitée dans le temps et qu’il doit pouvoir y être dérogé pour les personnes qui présentent une contre-indication médicale au port du masque. Aussi, dans ce contexte de crise sanitaire, les nombreuses contraintes exigées par les autorités au nom de la communauté sont parfois mal vécues sur le plan individuel par certains citoyens qui ont soif de liberté. Cette liberté chérie à laquelle nous aspirons tous, au même titre que l’égalité et la fraternité, les deux autres piliers de la République française. Mais n’oublions pas que "la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres". C’est toute la complexité de ce nouveau monde dans lequel nous devons réapprendre à vivre ensemble, celui de l’après-Covid. C’est pourquoi, Tahiti Pacifique s’évertue à chaque numéro à vous apporter "une goutte de liberté dans l’océan", la devise chère à Alex W. du Prel. D’ailleurs, nous avons pris également la liberté d’imprimer désormais votre magazine sur notre nouvelle presse numérique, gage d’une très haute qualité d’impression pour un rendu exceptionnel.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT