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Ces hommes qui mangent des chiens


Vendredi 20 Septembre 2019 - écrit par Dominique Schmitt


La condamnation de deux hommes à trois mois de prison avec sursis pour avoir tué délibérément un chien a d'autant plus défrayé la chronique le mois dernier, qu'ils s'étaient pris en photo à côté du cadavre de l'animal pendu et dépecé, avant de le manger ! Alors que la vente de viande de chien est interdite en Polynésie française depuis 1959, Tahiti Pacifique a enquêté sur la cynophagie, une pratique qui est encore courante au fenua. S'agit-il d'une affirmation identitaire ou d'un indicateur supplémentaire de misère sociale ? Quelles sont la nature et les raisons d'un tel trafic ? Attention, âmes sensibles s'abstenir…



Crédit photo : Dominique Schmitt
Crédit photo : Dominique Schmitt
Le 29 août dernier, des Polynésiens comparaissaient devant le tribunal de Papeete pour "des sévices graves commis sur un animal". Cela n'aura échappé à personne, une photo (voir ci-contre) où l'on voit des hommes poser fièrement devant un chien pendu, dépecé et écartelé a fait le tour des réseaux sociaux, avant d'être relayée par les associations de défense des animaux, choquées par de telles violences. Selon les dires des deux acolytes, âgés de 26 et 54 ans, c'est pendant qu'ils travaillaient dans leur fa'a'apu qu'ils auraient été "attaqués" par un chien errant et que l'un deux se serait alors défendu en lui assénant un coup de machette sur la colonne vertébrale, ne laissant aucune issue à l'animal, qui a agonisé plusieurs minutes avant de mourir. Pour "ne pas gaspiller le mā'a", ils ont ensuite décidé de l'éviscérer et de le cuisiner. S'ils ont été condamnés à trois mois de prison avec sursis, mise à l’épreuve pendant deux ans, interdiction de détenir un chien pendant cinq ans, et des dommages et intérêts pour un montant total de 560 000 Fcfp, ces actes de cruauté soulèvent une question plus générale : la cynophagie – le fait de manger du chien – relève-t-elle d'une tradition en Polynésie et quels sont les dessous du trafic ?

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Décès du nourrisson aux Marquises : “je suis Hoane”…

Décès du nourrisson aux Marquises : “je suis Hoane”…
Jacques Brel chantait "le temps s’immobilise aux Marquises et gémir n’est pas de mise"… Mais après le décès du bébé marquisien, lors de son évacuation sanitaire le 6 octobre dernier, le Fenua Enata hurle sa colère et ses cris font résonner toute la Polynésie. Alors que le 4 juillet dernier, l’accouchement d’une femme de Bora Bora pendant son transport à bord d’un hélicoptère "Dauphin" nous avait tous émus, ce drame, le deuxième en trois ans aux Marquises, nous assomme cette fois, tel un violent coup de casse-tête, et repose la problématique récurrente des évasans, notamment dans les îles éloignées et isolées. Les habitants de la "Terre des Hommes" s’interrogent encore sur les conditions extrêmes de cette évasan qui a nécessité le transfert du nourrisson en speed-boat depuis Ua Pou jusqu’à Nuku Hiva, faute de vraie piste sur l’île native du petit Hoane Kohumoetini et d’hélicoptère affecté aux Marquises… Édouard Fritch a aussitôt demandé l’ouverture d’une enquête afin de "faire toute la lumière sur les circonstances et les responsabilités éventuelles".

Mais cette annonce présidentielle rassurante a été entachée par la sortie de piste de Jean-Christophe Bouissou, ministre des Transports interinsulaires et porte-parole du gouvernement, dont la réaction ahurissante a été sévèrement taclée sur les réseaux sociaux : "Lorsque des gens décident, par exemple, d’aller vivre sur un atoll isolé, sans qu’il y ait de port sans qu’il y ait d’aéroport, il est bien clair que s’il se passe quelque chose, que ce soit sur un enfant ou sur un adulte, nous n’avons pas la même capacité de réaction que si on le faisait par rapport aux Îles Sous-le-Vent ou des îles qui sont plus structurées et plus habitées." Un discours contradictoire pour ne pas dire irrespectueux, dont il a reconnu lui-même "la maladresse". D’autant qu’il déclarait le même jour, à l’issue d’une réunion du Schéma d’aménagement général de Polynésie, qu’il travaillait pour "un développement qui prévoit l’inversion des flux migratoires afin de permettre aux gens de retourner dans les archipels et faire en sorte de pouvoir vivre dans les archipels. Naître, vivre et peut-être aussi mourir dans les archipels, mais dans de bonnes conditions."

Du haut de ses 3 mois, le petit Hoane n’a pas choisi en effet de vivre à Ua Pou. En outre, la mort du garçonnet rappelle douloureusement le coût humain d’un tel éloignement insulaire pour la collectivité : 10 à 15 décès par an seraient liés aux difficultés de transport aux Marquises, selon la directrice de l’hôpital de Taiohae (Nuku Hiva). "Nous, les Marquisiens sommes totalement délaissés par les pouvoirs publics, il faut que cela cesse !", s’est insurgée Julie Bruneau, résidente à Ua Pou, qui a perdu son bébé de 9 mois dans les mêmes circonstances. "Cela suffit, il ne faut plus de sacrifice humain", a grondé, lui, Rataro, le grand-père de la victime. Dans le cadre de l’audition de Thierry Coquil, directeur des Affaires maritimes au ministère de la Transition écologique et solidaire, le sénateur Michel Vaspart est d’ailleurs revenu, le 2 octobre dernier, sur la situation particulière et précaire du sauvetage en mer en Polynésie : "Je dois vous dire, pour être marin moi-même, que j’ai eu honte, je dis bien honte, de voir le canot de sauvetage aux Marquises et de voir le canot de sauvetage à Papeete !" D’autres bébés doivent-ils encore mourir pour que le Pays réagisse enfin et traite tous les Polynésiens sur le même pied d’égalité en leur offrant des conditions d’accès aux soins identiques ? "Je suis Marquisien". "Je suis Hoane".
Repose en paix petit ange. n

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt