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Le missionnaire et le cachalot



Il n’est plus héroïque de pêcher la baleine. Crédit photo : DR
Il n’est plus héroïque de pêcher la baleine. Crédit photo : DR
Deux faits concomitants, mais non forcément liés entre eux… encore que… font ce qu’aujourd’hui on appelle le buzz.
Commençons par ce jeune missionnaire nord-américain qui, tout récemment, s’en fut évangéliser une tribu d’Indiens dits sauvages et périt, criblé de flèches, "tel un Saint Sébastien", dixit une journaliste d’Arte. Oh ! il ne s’agit pas de paisibles Amérindiens qui continuent à se faire voler leurs terres et leurs vies au nom du progrès, tel que défini par de vrais chrétiens sûrs de leur supériorité et du bien-fondé de leurs ambitions et de leur soif de richesse. Ces Indiens-là ne sont protégés par personne. Au fait, mais ce sont leurs massacreurs chrétiens qu’il aurait dû décider d’évangéliser, ce jeune idéaliste. Certes, il aurait peut-être quand même été tué, non pas transpercé de flèches mais, sans doute d’une balle dans la tête. Les Indiens dont il s’agit sont de vrais Indiens du pays d’Inde. Il est amusant d’ailleurs de rappeler l’erreur de Christophe Colomb, qui s’était trompé de continent en 1492. Il a cru être arrivé en Inde et nomma tous les habitants de cet immense continent : "Indiens" ! Rappelons aussi l’erreur du moine cartographe allemand Walseemüller en 1507. Il a cru qu’Amerigo Vespucci était responsable de l’expédition de "découverte" de ce pays et l’a donc nommé "Amérique". Selon cette logique, il aurait dû appeler Christobalie ou Colombie ce très vieux monde que les Européens prétendirent "Nouveau" pour mieux s’absoudre des génocides perpétrés sur les autochtones qui l’avaient nommé différemment. Et dire que ces deux erreurs monumentales survivent depuis quelques siècles déjà, y compris dans les discours scientifiques.
Mais revenons à notre missionnaire d’aujourd’hui parti évangéliser des Indiens d’Inde. Après lui avoir en vain signifié de s’en aller, ils ont fini par le larder de flèches. Autrefois, en Occident, il aurait été élevé au rang de martyr et inscrit sur la liste des personnes à béatifier… Aujourd’hui, le monde occidental réagit autrement. D’abord, la nation de ce pasteur n’a pas jugé bon d’organiser une expédition punitive. Ouf ! Les temps changent ! En outre, dans les médias et sur les réseaux sociaux, l’on plaint surtout les "sauvages" que l’on estime avoir le droit de vivre tranquilles selon leurs coutumes et religions. Et l’on espère que celui arrivé la bouche en cœur et Bible en main n’était pas porteur de maladies épidémiques tueuses, comme le furent tant de ses illustres devanciers.

Les temps changent vraiment

Continuons par le cachalot de 9,50 m retrouvé dans le sud-est de l’Indonésie, mort étouffé par 6 kg de plastique inventoriés dans son estomac : bouteilles, tongs, etc. Le pouvoir épurateur de l’Océan ne fonctionne plus. Les nations ont décidé l’arrêt de la pêche aux cétacés depuis environ cinquante ans avec plus ou moins de succès. Les populations de ces fabuleux mammifères marins avaient recouvré quelque santé.
Les nations exploratrices et conquérantes du monde terrestre et océanique en ont fait le tour et ont un peu compris la fragilité particulière des mastodontes. Il n’est plus héroïque de pêcher la baleine. C’est devenu un délit. Et là, nous touchons à l’illogisme de nos comportements à l’échelle des peuples comme au niveau individuel. Car même s’il n’y a plus de pêche industrielle active et lucrative, chacun d’entre nous participe à la pêche passive des cétacés par nos gestes quotidiens. L’usage machinal et quasi obligatoire du plastique fait de nous un pollueur à quasi chaque instant de nos vies. Aussi, le continent que nous devons conquérir aujourd’hui est le "Continent plastique" solide et flottant sur l’eau et dans les airs, pointu, polymorphe et amiboïde, incrusté dans le sol ou le recouvrant à l’étouffer, insidieux et infiniment petit, acéré et mou…

La lutte antiplastique est une urgence absolue. Les expérimentations nucléaires sont terminées. Obtenir réparation pour les victimes est logique, mais poursuivre les incantations indignées me semble une perte de temps. Ce qui est fait est fait et quasiment toute la population est allée à la soupe de son plein gré ou à l’insu de son plein gré. Les églises et temples se sont multipliés comme jamais dans nos îles. L’aéroport de Tahiti-Faa’a et ceux des autres îles font aussi partie des retombées économiques de ce laboratoire à ciel ouvert qu’était devenue la Polynésie française. Les élus politiques obtinrent un statut et des rémunérations uniques dans le monde océanien, voire même métropolitain.
Il importe de savoir tourner les pages de notre livre d’Histoire pour affronter le présent qui s’offre à nous et où il nous appartient de faire œuvre intelligente et lucide. Gémir et pleurer sur hier est stérile. Décortiquer le passé sous tous ses aspects n’est intéressant que si cela nous permet de comprendre le présent pour y agir de manière fructueuse.
Nous ne pouvons absolument rien changer à hier. Par contre, relever le défi antiplastique est d’une toute autre nature car nous sommes partie prenante dans nos moindres gestes, tics de comportement et habitudes. Certes, les fabricants de ces dérivés du pétrole sont responsables, mais nous qui en consommons de manière addictive, avons notre part de responsabilité. Et tant qu’à faire en même temps que dénoncer un fléau qui nous enchaîne, œuvrons aussi à son remplacement. Certains des nôtres font preuve de beaucoup d’ingéniosité et méritent encouragements et d’être imités dans la démarche inventive. Et c’est là que les savoirs ancestraux pourraient bien déceler des trésors à remettre au goût du jour. Les paniers tressés à partir du pandanus retrouveraient leur noblesse, entraînant la nécessité d’organiser les espaces, les rotations de culture, de récolte et de traitement des matières premières. Quant au tapa, quelle merveilleuse occasion de rendre hommage aux tupuna injustement traités de "sauvages" car ils n’ont jamais mis en péril l’existence même de la planète. Recensons les essences, les qualités de leurs écorces et les traitements adéquats et l’utilisation optimale. Ça, c’est à notre portée de main, aujourd’hui, ici et maintenant. C’est quand même étrange que les tenants de la ma’ohitude et de l’indépendance n’aient pas inscrit cela dans leur programme de gouvernement et de société. S’installer à la résidence du haut-commissaire semble être leur principale ambition. Les nodules polymétalliques… c’est loin en profondeur, et il nous faut les moyens d’un État puissant. Par contre, nos arbres et plantes, c’est là, dans notre jardin, la vallée, les collines et montagnes. C’est le moment ou jamais d’installer l’imagination au pouvoir et de se libérer des incantations amères.

Vendredi 30 Novembre 2018 - écrit par Simone Grand


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En 2020, on fait et on refait l’histoire !

En 2020, on fait et on refait l’histoire !
Qui dit nouvelle année, dit généralement nouvelles résolutions, c’est pourquoi nous avons le plaisir de vous annoncer, chers lecteurs et abonnés de Tahiti Pacifique, le lancement de la rubrique “Pages d’Histoire”, un nouveau rendez-vous mensuel dans votre magazine, en alternance avec “L’encrier de Tahiti”, une fenêtre littéraire qui sera ouverte dès le mois de février par Daniel Margueron, ancien enseignant en lettres et écrivain spécialisé en littérature francophone en Polynésie. “Pages d’Histoire” sera réalisée par Jean-Marc Regnault, agrégé et docteur en histoire, mais aussi chercheur associé au laboratoire “Gouvernance et développement insulaire” de l’Université de la Polynésie française. Après avoir publié une centaine d’articles et une vingtaine d’ouvrages consacrés à l’Océanie, il rédigera dans nos colonnes des sujets sur les figures emblématiques et les périodes phares qui ont fait l’Histoire du fenua après 1940. Cette série historique démarre avec un coup de projecteur sur le Conseil privé du gouverneur, qui était en réalité une aberration démocratique. D’autres articles suivront : "Les crises politiques de l’année 1952 (quand Tahiti riait, l’Assemblée représentative faisait grise mine)" ; "La signature de Gaston Flosse au nom de la France du Traité de Rarotonga sur la dénucléarisation du Pacifique Sud" ; "La décision de la France de construire l’aéroport de Faa’a (pour préparer le CEP ?)" ;
"La censure de JPK en 1988", etc. Autant de thèmes contemporains et sensibles, qui alimentent encore aujourd’hui la polémique et seront passés à la loupe de notre expert pour mieux comprendre l’actualité et l’appréhender.

Et puisque l’on parle de faire et refaire l’Histoire, 2020 sera une année riche en événements, pour ne pas dire atomique ! “Jamais, le sujet de la politique de dissuasion nucléaire, et des systèmes d’armes qui sont mises en œuvres dans ce cadre, ne sera autant présent dans l’actualité nationale, internationale et dans les enceintes internationales, notamment en raison d’anniversaires”, estime ainsi Jean-Marie Collin, le porte-parole et expert de la branche française d’ICAN (Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires) et chercheur associé auprès du think tank belge le GRIP (Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité). En effet, le 13 février 2020, la France “célébrera” le 60e anniversaire de son premier essai nucléaire ; du 27 avril au 22 mai, la 10e conférence d’examen du Traité de non-prolifération nucléaire verra, sans grand suspense, une absence de consensus sur comment parvenir à mettre en œuvre l’article 6 (désarmement) de ce traité entraînant sa probable (malheureusement) perte de crédibilité ; les 6 et
9 août, Hiroshima et Nagasaki vont commémorer le 75e anniversaire de leur destruction par des armes nucléaires. En outre, l’entrée en vigueur du Traité d’interdiction des armes nucléaires est enfin envisagée en 2020.

Par ailleurs, sans nul doute, le discours de mi-mandat d’Emmanuel Macron sur la dissuasion nucléaire, avec semble-t-il une tonalité très européenne, sera un moment-clé de l’évolution de la politique de la France. Localement, le Tavini Huiraatira, par la voix de Moetai Brotherson, n’a pas hésité à interpeller le président Macron sur la dépollution du site de Moruroa, dont le souhait exprimé dans un récent courrier est resté sans réponse. “Je lui porterai cette fois la lettre en main propre. Et lorsqu’il viendra chercher ses tiki et ses tīfaifai, ce serait bien qu’il en profite pour repartir avec ses deux avions remplis des déchets radioactifs”, a ironisé le député, à l’occasion d’une conférence de presse dénonçant la présence de tonnes de plutonium “dans le ventre de notre mère nourricière” après trente ans d’essais nucléaires. Oscar Temaru, le leader du parti indépendantiste, a ainsi fait un parallèle entre les fumées toxiques qui survolent notre région, suite aux incendies en Australie, avec les 46 tirs atmosphériques menés à Moruroa et Fangataufa, qui sont, selon lui, “la preuve concrète que la puissance des vents a pu transporter très loin les nuages radioactifs”. La visite express de M. Macron en Polynésie du 16 au 18 avril devrait donner le “la” à la musique qui va se jouer dans les années à venir. Bien sûr, les municipales en mars prochain pourraient apporter, elles aussi, leur lot de rebondissements et écrire de nouvelles pages de petites histoires qui font la grande.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt