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Washington n'a plus la prééminence militaire dans le Pacifique


Vendredi 23 Août 2019 - écrit par Agence France-Presse




Les États-Unis n'ont plus la prééminence militaire dans le Pacifique et pourraient avoir de plus en plus de difficultés à défendre leurs alliés contre la Chine, dont l'influence est de plus en plus forte dans la zone, estime un centre de réflexion australien reconnu dans un rapport cinglant. Dans cette analyse diffusée lundi, le Centre des études sur les États-Unis de l'Université de Sydney décrit l'armée américaine comme une "force en train de s'atrophier" dont les capacités sont "dangereusement dépassées" et "mal préparée" pour une confrontation avec la Chine.
Si elle est correcte, cette évaluation a de lourdes implications pour de nombreux alliés des États-Unis, qu'il s'agisse de l'Australie, de Taïwan ou encore du Japon qui dépendent beaucoup des garanties américaines en matière de sécurité. L'arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, avec son credo de "l'Amérique d'abord", a ajouté aux craintes d'un désengagement des États-Unis, qui seraient moins enclins à défendre leurs alliés dans l'hypothèse d'une agression de la Chine par exemple.
Mais ce rapport laisse penser que, même s'ils souhaitaient intervenir, les États-Unis pourraient avoir du mal à le faire. Les auteurs de l'étude évoquent même une "insolvabilité stratégique" de Washington en avançant que des décennies de guerre et d'engagement au Proche et Moyen-Orient et de sous-investissement dans le Pacifique ont eu pour conséquence d'exposer les alliés des États-Unis en Océanie.
"La Chine, en revanche, est de plus en plus capable de défier l'ordre régional par la force du fait de ses investissements de grande ampleur dans les systèmes militaires avancés", indiquent-ils. Sous la présidence de Xi Jinping, le budget officiel de la défense en Chine a progressé de près de 75% à
178 milliards de dollars. Un chiffre qui serait en dessous de la réalité.
Pékin a notamment investi dans des systèmes de missiles balistiques de précision et dans des systèmes de contre-intervention qui compliqueraient la tâche pour les forces américaines qui tenteraient de rejoindre une zone contestée. À en croire cette étude, "presque toutes les bases américaines, alliées, les pistes d'atterrissage, les ports, les installations militaires du Pacifique Ouest" manquent d'infrastructures renforcées et sont menacées. 
Ces faiblesses font que la Chine pourrait s'emparer de territoires taïwanais, d'îles administrées par le Japon ou de zones de mer de Chine méridionale avant que les forces américaines n'aient le temps d'intervenir. Ces experts préconisent, pour contrer la montée en puissance de la Chine, le déploiement de missiles terrestres américains, ainsi qu'un changement de rôle du Corps des Marines et une réévaluation des stratégies de défense régionale impliquant le Japon et l'Australie.

Source : Agence France-Presse

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Déforestation mondiale : tous responsables !

Déforestation mondiale : tous responsables !
Dans notre éditorial du 3 mai 2019 (voir TPM n° 406), nous écrivions "Faut-il que la planète s’enflamme (pour que nous lui venions en aide) ?" en réaction au violent incendie qui a ravagé Notre-Dame, le 15 avril dernier. Nous nous interrogions sur les priorités de notre société de plus en plus individualiste capable, d’un côté, de promettre une centaine de milliards de Fcfp de dons pour reconstruire la cathédrale de l’archidiocèse de Paris, tout en ignorant, de l’autre, la misère des personnes en grande précarité et à la rue. Plutôt que de s’attrister de la dévastation de biens matériels, il semble en effet bien plus urgent de remettre l’humain au centre de nos inquiétudes, avant que les préoccupations collectives ne revêtent des airs de cours des Miracles… Eh bien, aussi malheureux que cela puisse être, ce jour est arrivé, et il sera intéressant d’observer comment les nations réagissent, une fois la médiatisation passée. Depuis le 22 août, de gigantesques feux de forêt embrasent l’Amazonie, le "premier poumon vert" de la planète, qui absorbe pas moins de 14 % du CO2 mondial. L’état d’urgence a été décrété sur le plan international et le G7 s’est même mobilisé. Précisons cependant d’emblée que, s’il y a eu davantage d’incendies en 2019 qu’en 2017 et 2018, c’est légèrement moins que les huit premiers mois de 2016, par exemple. Cette tendance, bien qu’à la hausse, ne semble donc pas exceptionnelle.

Cette catastrophe environnementale a le mérite de susciter une prise de conscience générale. Après les massacres des animaux liés à l’exploitation de l’huile de palme, on prend enfin toute la mesure des conséquences de la déforestation qui s’est accélérée ces dernières années, les terres déboisées servant à augmenter les surfaces agricoles (le bétail en occupe la plus grosse partie, à hauteur de 65 % environ). Ces incendies ont rapidement déclenché une tempête anti-Bolsonaro, le président brésilien étant considéré comme le principal coupable de la situation, mais nous sommes TOUS responsables ! La France a également sa part de complicité, puisqu’elle importe de nombreux produits brésiliens, notamment du tourteau de soja – qui sert à nourrir le bétail –, mais aussi du bœuf et de la pâte à papier, dans des proportions moins importantes. En outre, l’Hexagone vient d’être épinglé pour l’importation massive de bois illégal en provenance d’Amazonie. Donc arrêtons d’accuser les autres, les lobbies, le commerce international, etc. Emmanuel Macron a annoncé vouloir "recréer la souveraineté protéinique de l’Europe", sauf que nous avons besoin de soja et nous n’en avons pas beaucoup (140 000 tonnes de graines sont récoltées chaque année). En novembre dernier, le gouvernement français a d’ailleurs lancé sa Stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée (SNDI). Le but est notamment de trouver "un compromis équilibré entre impératifs environnementaux, capacités des États et des acteurs privés et situation des populations locales". Très belle initiative, mais désormais ces bonnes intentions doivent se transformer en véritables mesures réglementaires.

Parallèlement, une thèse a embrasé les réseaux sociaux : les forêts d’Afrique centrale brûleraient encore plus vite que l’Amazonie dans l’indifférence générale. Le bassin du Congo, souvent comparé au "deuxième poumon vert de la planète", est un sanctuaire d’espèces en voie de disparition. Mais attention, ces feux sont observés plutôt en Angola, en Zambie, etc. Ce qu’il faut retenir, surtout, c’est que ces incendies sont les conséquences de l’agriculture itinérante sur brûlis, une pratique millénaire et artisanale qui est la première cause de la déforestation. "Au rythme actuel d’accroissement de la population et de nos besoins en énergie, nos forêts sont menacées de disparition à l’horizon 2100", s’est ainsi inquiété le président congolais Félix Tshisekedi. Aussi, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 850 millions d’euros de promesses de dons pour Notre-Dame (82 millions d’euros seulement ont déjà été versés, soit moins de 10 % honorés), 18 millions pour l’Amazonie et… rien pour l’Afrique subsaharienne. L’espèce humaine a décidément des comportements surprenants ! En proie à une déforestation effrénée (-17 % en cinquante ans pour l’Amazonie), les forêts dans le monde se réduisent et perdent peu à peu leur rôle de "puits de carbone".
Nos prières n’éteindront pas les incendies. Nos actions, oui. C’est à nous de changer de mode d’alimentation et de voter avec nos chariots de supermarché.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt